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Chapitre III
A cet instant précis, la voix de Huang fusa dans les écouteurs : Alerte ! Grodaeg, c’est pour toi ! Il arrive derrière VGE, fais gaffe !
Vandanus n’avait pas pris de viande froide. Il avait tout simplement vidé le bol de mayonnaise sur ses crêpes Suzette et se ruait vers VGE, l’assiette en position de lancer de poids...
- Putain ! Il va lancer l’assiette ! Gro ! Protège le Président !
L’assiette de crêpes mayonnaise habilement lancée par-dessus le groupe des admirateurs amorçait une trajectoire parabolique diaboliquement ajustée. Tout le monde resta figé dans l’attente d’une catastrophe annoncée. Grodaeg et Nissan, un des flics de l’ambassade s’étaient rués pour faire rempart de leur corps... Grodaeg, pressentant le pire, avait quand même serré, instinctivement Teuton contre son sein, histoire de fortifier le rempart et d’éviter au Président une déconfiture huileuse...
La fraction de seconde qui suivit se liquéfia en une longue succession de nanosecondes d’éternité, noyée dans un cri sourd de surprise et de stupeur.
Mais même les mauvaises choses ont une fin et l’assiette finit par s’écraser sur la face, paralysée dans un sourire épanoui, de Teuton, pétrifié au milieu de son show automobile...
Le choc, bien qu’amorti par la mayonnaise et les crêpes, fit un bruit assourdi et l’assiette se cassa net, rajoutant à cet encas improvisé, un filet de ketchup sanguin sur la joue de Teuton, tout en laissant quelques fines tâches de gras sur l’ample saharienne de notre ami Grodaeg.
Le silence glacial qui suivit ne fut troublé que par le cri de douleur du terroriste recevant simultanément les quatre cents kilos des trois malabars qui lui avaient sauté sur le paletot et par les soupirs de détresse d’un Teuton écrasé par ce nouveau coup du sort...
L’impertinent fut prestement emballé et traîné dans un des salons attenants, tandis que VGE reprenait courageusement son micro pour remercier ses sauveurs et rassurer sa troupe de supporteurs.
- On reste sur ses gardes ! Ce n’était peut-être encore une fois qu’une manœuvre de diversion ! Delamarne, va assister Weng dans l’interrogatoire de ce taré. Soigne-le bien, il s’agit de notre principal témoin et pour un coup que l’on tient un énergumène de cette bande, ce n’est pas le moment de le perdre !... Vois ce qu’on peut en tirer...
Je partis donc à la recherche de notre olibrius... Nous venions de l’échapper belle mais, pour la première fois nous tenions un de nos entarteurs. Je le retrouvai dans un des salons du quatrième. Le nommé Vandanus avait été emmené manu militari à l’autre bout de l’étage, dans une petite salle de réunion transformée pour la circonstance en salle d’interrogatoire de prison irakienne. On l’avait promptement déshabillé et assis, dans le plus simple appareil, sur une chaise, au milieu de la pièce. J’en profitai pour lui faire les poches et pour faire un inventaire des objets récupérés.
Il n’avait pas grand-chose sur lui : aucun papier d’identité mais huit billets de 500 euros glissés dans la doublure de sa ceinture (Le paiement pour son forfait ?), une pochette de mouchoirs en cellophane, un paquet de cigarettes 555, une boite d’allumettes d’un resto belge de Pékin, une centaine de renminbis, une petite carte en plastique sans indication particulière ouvrant vraisemblablement une porte de chambre d’hôtel inconnu, et une lettre adressée à l’ambassade de France en Chine. Le paquet de clopes était à moitié vide mais un petit mot semblait avoir été écrit au feutre sur le côté : Gongti Stade par sortie Est à six cents pas...

