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Chapitre IV
Son équipe a fait un boulot formidable. Ils ont téléphoné à des centaines et des centaines de gus pour vérifier leur présence... Pas mal d’inscrits sur les registres de l’Ambassade étaient des gens partis depuis pas mal de temps et qui ne s’étaient pas donné la peine de se faire rayer des listes consulaires. Mais beaucoup de ces gens disparus ont été, dans le même temps, remplacés par deux autres personnes... La liste actuelle a doublé de volume comparée à celle que l’on nous avait remise, il y a quinze jours. Je l’ai envoyée au Fichier Central à tout hasard...
A L’École Française de Pékin, là c’est le pompon ! Ce sont les seuls qui se foutent de notre histoire. Monique, la prof de dessin qui est là depuis pas mal d’années m’a fait rencontrer la plupart de ses collègues et j’ai même participé à une réunion d’un conseil d’administration pas piqué des hannetons ! Un vrai happening ! Un nouveau lycée doit être construit sur le site de la nouvelle ambassade qui verra peut-être le jour dans les trente ans à venir... Dans cette optique, l’Ambassade veut changer les statuts de l’École pour en faire une École de la République. Le Docteur No, Le patron du Conseil d’Administration a rué dans les brancards et harangué ses troupes pour une grande croisade contre l’Administration qui ne voit, d’après lui, que le pactole de quelques centaines de milliers d’euros qui traînent dans la trésorerie de l’établissement... Ça a été saignant !
- Et alors ?
- Alors, rien. Tout le monde a voté pour les changements de statuts, y compris lui...
- On a peut-être des extrémistes dans ce groupe ? Regarde aux Etats-Unis, il y a bien eu des gens assez fous pour faire péter un immeuble du FBI par haine de l’administration... On pourrait avoir un énergumène de ce genre dans leurs rangs ?
- A première vue, ce n’est pas le genre... C’est plutôt du type ballon péteur : une fois que tu t’es assis dessus, ça fait du bruit un coup mais après t’as plus rien, même pas l’odeur. Dans la communauté d’affaires, rien non plus de bien marquant. Tout le monde dénonce tout le monde, histoire de rigoler... Chacun y va de sa liste de suspects... La palme revient à Finet-Dinon, qui se place loin devant au hit-parade des criminels potentiels. Je dois encore déjeuner avec lui à midi, mais je pense que tous ses amis qui lui veulent du bien font fausse route... Lui et ses copains du Clan du Ritan sont a priori hors de cause. Ils seraient tous capables d’entarter leur prochain, mais aucun ne prendrait le risque de se faire tirer dessus pour une raison aussi futile. Par contre, ils sont tous avides de connaître le nom de celle ou de celui qui a entarté Teuton. Celui-là a gagné leur estime et leurs félicitations comme bienfaiteur de la communauté...
Je me suis aussi payé un grand tour du côté des femmes d’expats. Elles ont tout un tas de groupements, de clans, d’associations... Pékin Accueil, UFE, les groupes de Taichi, les associations caritatives, j’en passe et des meilleures... mais aucune d’elles ne semble diriger un réseau terroriste.
- Mimille ? Tu as creusé la piste de notre jeune Vandanus ?
Mimille poussa un soupir de soulagement dédaigneux. Il sortit un papier huileux de la poche de son pantalon et commença son rapport :
- Affirmatif. Le rapport d’autopsie, je ne reviens pas dessus, vous le connaissez déjà : une capsule de cyanure à effet retard et une dose d’amphétamines à vous faire planer un mammouth. Je vous fais un petit aparté pour vous donner les résultats tout frais des analyses pratiquées sur les papiers utilisées par les entartreurs pour nous adresser leurs messages. Aucune trace d’ADN, pas de salive, pas de cheveux... mais une certitude : toutes les lettres, sauf celles de Chengdu, ont été écrites à partir d’une vieille machine manuelle du siècle dernier ! Un truc qui doit avoir plus de trente ans ! Et frappées par un droitier vraisemblablement, car les lettres à droite du clavier sont tapées plus fort que celles de gauche, et sur un ruban qui arrive au bout de son rouleau... A tout hasard, Weng a fait mettre des rubans neufs bien en évidence dans pas mal de boutiques de la ville avec ordre de le prévenir à chaque fois que quelqu’un en achètera... Plus personne ne se sert de machines aussi archaïques... On a peut-être une chance que nos malfrats se laissent tenter s’ils aperçoivent un de ces rubans d’encre.

