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Chapitre V
- Vous voyez bien, vous le dites vous-mêmes : il y a un problème, certes, mais une solution existe...
- Tu parles d’une solution ! rigola Damène, un ancien policier devenu l’un des patrons d’EADS à Pékin, te foutre toute la population à dos ! Regarde comment ça s’est passé en Argentine ! Et puis ce n’est pas le tout, du fric, il en faut pour un tas d’autres trucs ! Prends le problème des retraites et des pensions, c’est un système à répartition. Pour le moment, ce sont les actifs qui paient les retraites, comme en France... Avec la politique de l’enfant unique, la pyramide des âges est en train de s’inverser de manière drastique et les investissements étrangers, avec leur apport en technologies nouvelles, ont détruit plus d’emplois qu’ils n’en ont créé... Qui va payer pour ces retraites dans cinq ou dix ans ? Les chômeurs qu’ils sont en train de nous fabriquer en pagaille ? On parle d’une ponction qui devrait représenter à court terme plus de 45% du revenus des actifs...
- Là encore, tu l’avoues toi-même, c’est dans cinq ou dix ans. D’ici là, la croissance aura sûrement apporté d’autres solutions...
- Il faut avoir la foi, me répondit Damène : la croissance va continuer sur sa lancée -premier acte de foi-, et va apporter des solutions à tous ces gros nuages noirs qui s’amoncellent -deuxième acte de foi-, et les Chinois vont tous devenir riches -troisième acte de foi-, et acheter en masse tous nos produits... Et tu crois que ce sera facile de maintenir pendant encore vingt ans, cette croissance qui dure maintenant depuis déjà presque quinze ans, au-dessus des 7 ou 8 % que les experts nous disent être nécessaires pour que la machine reste sur sa lancée ? Et qui nous dit qu’elle sera suffisante pour payer en plus les retraites, le système de santé qui s’est effondré, le système d’éducation qui tombe en ruine et les allocations chômage ? Aujourd’hui, seuls les riches peuvent espérer être soignés et seuls leurs enfants peuvent se payer les quelques écoles, horriblement chères, qui mènent à la réussite sociale.
Comme idéal de justice communiste, ce n’est pas terrible... Jusqu’à quand les gens vont-ils accepter un statu quo contraignant, s’ils ne récoltent que les miettes de cette prétendue croissance ? Jusqu’à maintenant, elle s’est aussi accompagnée d’une montée du chômage effrayante. Qui peut nous promettre que la prochaine période de croissance va recréer les emplois qui ont été détruits ? La majeure partie des sociétés d’État battent encore de l’aile et conservent une pléthore d’employés en surnombre... Sans compter les technologies modernes qui, comme je te l’ai dit, tuent l’emploi plus qu’elles n’en créent.
Tous les constructeurs automobiles ont opté par exemple pour des lignes de peinture automatisées. Les industriels préfèrent investir dans des équipements à quelques millions d’euros, donnant un résultat presque parfait, plutôt que d’utiliser une main-d’œuvre qui ne coûte pas grand-chose mais qu’il faut former et continuellement contrôler. Nos économies de riches peuvent à peine prendre en charge leurs chômeurs, comment veux-tu que la Chine puisse s’offrir des taux de 15 à 20 % de chômage ? Sans parler de l’onde de choc qui a traversé les campagnes et qui a commencé à jeter sur les routes des millions et des millions de paysans déracinés et désoeuvrés, attirés par la lumière des villes : comment va-t-on les stopper et les maintenir à résidence ? Et avec quels arguments ?
- De plus, surenchérit Lispiking, quand bien même cette croissance serait au rendez-vous, cela ne ferait nullement de la Chine un pays peuplé de milliardaires... A sept pour cent de croissance, dans vingt ans, La Chine sera peut-être devenue la plus grosse économie du monde, mais nos amis chinois auront un revenu annuel par tête d’habitant de 4000 USD ; c’est-à-dire moins que la plupart des habitants des pays de l’Asie du sud-est aujourd’hui. C’est la multiplication de ce revenu par 1,3 milliard d’habitants qui donne des chiffres vertigineux. En clair, la Chine est, et risque de rester, un riche marché de pauvres... Mais se positionner sur un marché de pauvres aussi vaste et aussi dilué, cela pose des problèmes énormes et cela coûte un maximum aux sociétés qui investissent. D’autant plus que les barrières entre les provinces compartimentent le pays en une multitude de marchés indépendants...


Par Anonyme Le 31/10/2006 à 12h12
> Pékin ce n’est pas de la tarte
je reconnais les principaux personnages et je pense que l’auteur est l’un d’eux ! Il habite au-dessus ! Si c’est lui, il comprendra mais je ne dévoilerai rien c’est beuacoup plus amusant sans rien savoir, même si on sait que tout le monde sait !