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• Les « apprentis sorciers ». Le « Grand Jeu » entre Ryad, Téhéran et Washington.
Cette brève est une reprise d’un article du Guardian parue en novembre 2011 et signé d’Alastair Crooke, diplomate britannique, issu des services secrets. De 1997 à 2003, il fut le conseiller de Javier Solana, Haut Représentant de la politique européenne de sécurité et de défense.
Selon une source proche de la mouvance conservatrice américaine et de Dick Cheney, le roi d’Arabie estimerait que « rien n’affaiblirait plus l’Iran que la perte de la Syrie ». Les principaux critiques de l’entrisme des Américains au MO, suivis par les Européens, considèrent que c’est dans ce contexte de connivence entre Ryad et Washington que se développe un nouveau « Grand Jeu » au Moyen Orient, destiné à affaiblir l’Iran, par le truchement de l’effondrement du régime syrien.
Le schéma fonctionnerait de la manière suivante. Il est destiné à précipiter la chute de B. el Assad : 1.- créer un « Conseil de Transition », qui serait le seul représentant du peuple syrien, sans tenir compte de la diversité des sensibilités. 2.- appuyer les insurgés par des livraisons d’armes à partir des états voisins. 3.- imposer des sanctions qui toucheront la classe moyenne. 4.- lancer une campagne médiatique pour critiquer toutes les tentatives de réformes du gouvernement syrien et créer une division entre l’armée et l’élite du pays.
Les Européens, les Américains et certains états du Golfe sont tentés de considérer le « Grand Jeu syrien » comme la continuation de l’affaire libyenne, à qui certains attribuent, à tort, un rôle positif dans l’évolution du monde arabe vers un schéma culturel décalqué de l’Occident. Avec la différence qu’en termes stratégiques la Syrie est bien plus importante que la Libye.
Par ailleurs, les éléments radicaux utilisés en Syrie pour déposer Assad, par le truchement de contacts troubles en Arabie Saoudite, sont tout sauf des ferments d’un système démocratique. Au point qu’il est possible d’établir un parallèle entre l’utilisation des islamistes par les Etats-Unis dans les années 1980 pour affaiblir l’Union Soviétique en Afghanistan. Cette stratégie avait à l’époque des répercussions positives en politique intérieure américaine.
L’opposition syrienne – où les exilés sont favorables à une intervention militaire, au contraire de ceux restés en Syrie qui, redoutant une guerre civile, n’en veulent pas - est extrêmement fragmentée. Mettant à profit ces dissensions, les Saoudiens réactivent leurs réseaux du Djihad sunnite contre l’Iran shiite. Avec tous les risques d’emballements incontrôlables liés à ce type de manipulations. Mais les responsables politiques occidentaux n’en ont cure, dès lors que le discours humanitaire s’insinue dans leurs campagnes d’autopromotion à des fins de politique intérieure.
