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›› Editorial

Que sera l’année du Tigre ? Essai de perspective

Avec une croissance en chute, au milieu des critiques du boycott des JO par les Occidentaux contre le « génocide culturel » au Xinjiang, Xi Jinping, entièrement focalisé sur la réussite du 20e Congrès, cherchant à tenir à distance toute perturbation pouvant gêner sa quête pour un troisième mandat, privilégiera la stabilité contre tout aventurisme.


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Dans « The New-Yorker » du 11 février, Evan Esnos tentait de répondre à la question de l’avenir immédiat de la Chine pendant l’année du Tigre.

Ancien correspondant du « Chicago tribune » à Pékin et auteur en 2017 d’un article sur l’éventualité d’une guerre avec la Corée du Nord, il analysait l’avenir et les risques à partir des personnalités de Kim Jong Un et de Donad Trump.

Cette fois encore, il concentrait l’analyse sur la personnalité de Xi Jinping, en examinant les péripéties ayant entouré cette année les JO d’hiver à Pékin, comparées à l’ambiance des jeux de 2008.

Subjugué comme tout le monde par le triomphe nationaliste chinois d’il y a quatorze ans, au milieu de l’admiration générale, il y relevait cependant déjà les prémisses d’un durcissement du régime. Avec cependant de nombreux contrastes.

Des jeux de 2008 à ceux de 2022.

S’il est vrai qu’en 2008, en amont de JO, les convictions léninistes du Parti étaient déjà enkystées et irrévocables, l’appareil se sentait néanmoins suffisamment sûr de lui pour accueillir sans restriction le monde extérieur. L’heure était déjà à la glorification, toujours à l’œuvre aujourd’hui, de la culture classique chinoise ; en même temps on diffusait une image d’ouverture, de convivialité et de prospérité, autour des symboles de modernité.

L’immense complexe artistique de quinze hectares en forme de vaste demi-sphère argentée achevé l’année précédente, posé sur la frange ouest de la place Tian An Men par le Français Paul Andreu, juste en face de Zhongnanhai, cœur politique du pouvoir, faisait l’admiration des visiteurs ébahis.

Pendant les Jeux, la Chine y avait organisé de prestigieux spectacles avec le Ballet Royal des Pays-Bas, la soprano sud-coréenne, Sumi Jo et l’Orchestre philharmonique d’Helsinki.

Les paroles de l’hymne de la cérémonie d’ouverture, « Beijing Welcomes You » avaient été écrites par Albert Leung, un éminent artiste de Hong Kong. A l’époque, l’ancien territoire britannique rattaché à la Chine onze années auparavant, avait, à la surprise générale, conservé une grande partie de son héritage démocratique dans le cadre insolite de l’arrangement politique « Un pays deux systèmes » que l’appareil s’était fait une obligation de protéger.

Une très sévère crispation.

Les trois images illustrent la « dialectique » complexe des relations de la Chine de Xi Jinping avec le monde occidental et les États-Unis. A gauche, Le durcissement sans mesure au Xinjiang contre les Ouïghour a, en retour, entraîné des manifestations crispées d’hostilité réclamant le boycott de la cérémonie d’ouverture des jeux de Pékin. A droite, la riposte de Xi Jinping a confié à Dinigeer Yilamujiang, un skieur de fond d’origine ouïghour le soin de porter, avec un collègue Han, le dernier relais de la flamme olympique.

Au milieu, la photo exprime le triomphe nationaliste de Xi Jinping et celui de tous les Chinois quand, le 7 février Eileen Gu, née à San Francisco, étudiante à Stanford, mais d’origine chinoise (de son nom chinois Gu Ailing 谷爱凌) qui avait choisi de concourir pour la Chine où sa mère, biochimiste et femme d’affaires à succès, avait émigré il y a trente ans, remportait sa première médaille d’or dans la discipline de ski acrobatique de l’épreuve de « demi-lune ». Par la suite elle devint la première athlète à décrocher trois médailles olympiques dans les trois disciplines différentes du ski acrobatique.


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Aujourd’hui, près de dix ans après l’avènement de Xi Jinping à la tête de l’appareil, le durcissement du pays saute aux yeux. Six années après la spectaculaire apothéose des jeux de Pékin où la Chine avait obtenu 100 médailles dont 51 d’or, à Hong Kong, Leung composait un tout autre hymne, cette fois dédié au « Mouvement des parapluies ».

La protestation des Hongkongais de l’automne 2014 dénonçait le projet de limiter le suffrage électoral de l’élection du gouverneur à des candidats choisis par Pékin. Sept années plus tard, le vote par l’Assemblée Nationale de la loi sur la sécurité nationale donnait le coup de grâce au schéma « Un pays deux systèmes ». Alors que toute sa musique était effacée d’Internet par la censure, Leung s’exilait à Taïwan.

Il ne fut pas le seul des artistes mis à l’honneur par Pékin en 2008 à subir l’ostracisme d’un désaveu politique du régime. En 2017, en représailles à la décision de Séoul d’accepter sur son sol les missiles du réseau américain de défense anti-aérien THAAD, trois concerts en Chine de la soprano sud-coréenne Sumi Jo ont été annulés [1].

Les stratégies intrusives de Pékin et le recours récurrent à la menace de représailles contre leurs intérêts sur le marché chinois indisposèrent aussi plusieurs pays européens. Au nord, le Danemark et la Finlande, deux membres permanents du Conseil arctique, eurent des démêlés avec la Chine.

Alors que ni son histoire ni sa géographie ne lui confèrent un droit de regard sur la zone (le Groenland est plus de 4000 km des frontières nord de la Chine), Pékin, incorporant le pôle Nord à sa stratégie des « routes de la soie de l’Arctique », l’œil sur les ressources potentielles d’hydrocarbures, s’efforce de remettre en cause le droit de contrôle par les pays du Conseil arctique.

En 2016, Copenhague bloqua les offres d’une compagnie minière chinoise pour acheter un complexe naval abandonné par les États-Unis au Groenland, tandis qu’à Helsinki, montait une méfiance contre les investissements chinois.

Au même moment, l’Italienne Federica Mogherini, Haut représentant de l’Union pour les Affaires étrangères et la sécurité adressait au parlement européen et à la Commission une note politique proposant un raidissement à l’égard de Pékin pour « mieux protéger les intérêts économiques européens. ».

La défiance de Bruxelles.

En mars 2019, à l’Élysée, E. Macron, Angela Merkel et J.C. Junker ont signifié à Xi Jinping qu’ils avaient rangé la Chine dans la catégorie des « rivaux systémiques ».


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Il s’agissait d’une modification essentielle de l’approche européenne de la Chine. L’UE entendait se donner les moyens de mieux mesurer le degré d’ouverture des marchés chinois aux produits européens et, en même temps, d’évaluer la nature et les risques des coopérations en R&D consenties par certains groupes européens. Une insistance particulière concernait la coopération financière jugée essentielle compte tenu des risques de répliques hors de Chine d’une secousse bancaire.

Le durcissement européen qui tranchait avec la bienveillance admirative ayant entouré les JO de 2008, se cristallisa trois ans plus tard. En mars 2019, par les voix réunies à l’Élysée de Jean Claude Junker alors Président de la Commission, de la Chancelière Angela Merkel et du Président Emmanuel Macron, les Européens firent savoir à Xi Jinping qu’ils considéraient son pays comme un rival systémique.

Le coup de griffe qui tranchait avec l’habituelle bienveillance diplomatique des réunions Chine – Europe exprimait à la fois la crainte du pillage technologique chinois et la défiance de Bruxelles à l’égard de la stratégie du cheval de Troie des liens économiques développés par Pékin avec l’Italie, la Grèce, le Portugal et seize pays d’Europe Centrale et Orientale.

Deux ans plus tard, la discorde Chine – Europe prit un tour politique irréductible quand la question du traitement des Ouïghours au Xinjiang, pesant aujourd’hui sur les JO d’hiver, poussa le parlement européen à un vote lourd de conséquences sur l’harmonie des relations entre les Européens et Pékin.

Mettant à l’arrêt la ratification de l’accord sur les investissements Chine – Europe conclu en décembre 2020, le vote était la prémisse d’une rupture politique entre d’une part la Chine et d’autre part les États-Unis et l’Europe, solidaires contre Pékin à propos des « valeurs » que le Président Chinois a, par le truchement des « caractéristiques chinoises », précisément haussé lors du 19e Congrès au niveau d’une fondamentale discordance culturelle.

Au fond, le raidissement européen qui répond au durcissement chinois autour d’une supposée différence culturelle interroge l’avenir de notre relation avec cette Chine moderne et triomphante où, depuis 2013, l’actuel Président, dénonçant les valeurs de vérité historique et de séparation des pouvoirs, s’applique - et tout indique qu’il continuera sur cette voie en 2022 - à normaliser chez lui les différences culturelles et religieuses, la société, le monde académique, le débat contradictoire et l’information.

Note(s) :

[1Réalités des stratégies d’influence obligent, Pékin ne souhaitant pas laisser le champ libre à l’Amérique sur la péninsule coréenne, en novembre 2017, un mois après ces émotions nationalistes, Xi Jinping rencontrait le président sud-coréen Moon Jae-in à Danang en marge du sommet de l’APEC pour, écrivait le China Daily, rétablir la normalité des liens entre les deux pays.

A l’orée de son 2e mandat à la suite du 19e Congrès qui affirma « les caractéristiques chinois », frontalement opposées à celles de l’Occident, Xi Jinping, tentait au nom de la proximité des cultures asiatiques, de défier Washington sur une de ses « chasses gardées » datant de la guerre de Corée.


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