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›› Editorial

Que sera l’année du Tigre ? Essai de perspective

Perspectives de l’année du Tigre.

A l’intérieur, la trame technique est fournie par le 14e plan. Loin d’être révolutionnaire, il réaffirme les objectifs de consolidation des réformes. Rappelant encore une fois l’exigence de l’innovation et de progrès technologiques, il insiste sur la « résilience » économique et socio-politique, face aux risques posés par les « cygnes noirs ».

Dans ce contexte, l’appareil, qui perçoit le défi comme une exigence de sécurité, focalise sur la nécessité de diminuer la dépendance aux technologies importées, notamment dans les secteurs de pointe où il affirme son ambition de devenir un des leaders mondiaux.

Il s’agit entre autres, des armements stratégiques, dont les armes dites hypersoniques, des systèmes d’information quantique, de la micro-nanoélectronique, des communications en réseau, de l’intelligence artificielle, de la biomédecine et des systèmes énergétiques modernes. Dans ce contexte on verra s’accentuer l’offensive des véhicules électriques aux prix cassés. Lire : L’offensive des véhicules électriques chinois.

Un effort particulier sera consacré à l’exploration spatiale où Pékin qui a planifié le nombre record d’une cinquantaine de lancements commerciaux et nationaux, s’appliquera à terminer sa station spatiale et à poursuivre ses missions vers la Lune et Mars. En premier objectif à moyen terme, l’installation d’une station permanente sur la Lune.

Politiquement il faut s’attendre à plus de mises aux normes et toujours plus de lutte contre la corruption, destinées à redresser les effets indésirables financiers, sociaux et politiques générés par les élans d’ouverture et d’entreprise insufflés par Deng Xiaoping il y a quarante ans. La tendance autocratique ne se privera cependant pas d’utiliser la lutte contre la corruption pour mettre au pas les contestataires au sein de l’appareil et dans la mouvance des défenseurs des droits.

Inquiétudes et quête de stabilité

Alors que les prévisions de croissance de Goldman Sachs signalent un fléchissement irrémédiable de la croissance à seulement +4,3% (soit un freinage brutal de plus 60% en moins de quinze ans), les défis sont considérables.

Dans ce contexte, montent des inquiétudes soulignés par les économistes chinois eux-mêmes. En dépit des affichages optimistes de l’appareil répétant que malgré la pandémie, l’économie avait continué à croître en 2020 – 2021, une série de vulnérabilités préoccupent les planificateurs.

Il s’agit de la crise rampante de l’immobilier, des effets paralysants de la stratégie de « zéro covid », de la faiblesse insistante de la consommation des ménages, talon d’Achille du concept « d’économie duale » dont l’intention est de réorienter l’économie vers moins de dépendance à l’export.

Les tendances moroses se lisent dans la stagnation des ventes au détail, notamment du secteur automobile et dans les indicateurs d’achat de la production industrielle tombés à 49,10 en janvier 2022 et, dans une moindre mesure des services également en baisse.

En même temps, le nombre important de projets du 14e plan dédiés à la construction, au développement rural et aux infrastructures qui prévoient 30 nouveaux aéroports et des milliers de km d’autoroutes et de voies ferrées, montrent que les réformes de structure stagnent.

Le paradigme économique reste toujours dominé par les investissements d’aménagement du territoire et du secteur immobilier (24% de la croissance) dangereusement en crise après que Xi Jinping ait tenté de le normaliser, sans pour autant oser instituer une taxe à la propriété qui heurte les intérêts de nombre de caciques du régime. Lire : Le grand défi politique des taxes à la propriété.

A plus long terme, se précisent les vulnérabilités du vieillissement, de l’inégalité des systèmes de soins et des retraites, le poids de la pauvreté frappant 40% de la population vivant avec moins de 150 $ par mois et la chute inexorable de la proportion de la population en âge de travailler ; tandis que, s’ajoutant à la hausse des coûts de l’énergie, les récentes interventions brutales de l’État dans l’entreprise freinent l’élan productif du pays.

En dépit des dénégations de l’appareil qui élude ses responsabilités, il est probable qu’il tentera de corriger la mauvaise image laissée par sa politique à l’emporte-pièce au Xinjiang.

Un premier indice est la relève de Chen Quanguo annoncée le 25 décembre dernier par une dépêche de Xinhua. Ayant quitté son poste avec les félicitations et les éloges de l’appareil, chacun sait qu’il est le principal artisan des mesures sans nuances décidées contre les Musulmans Ouïghour ayant, ces dernières années, mis la Chine en porte-à-faux.

A Hong-Kong en revanche, sous l’égide de la loi sur la sécurité nationale, Pékin continuera sans faiblir à marginaliser la mouvance démocratique pour s’assurer que jamais un partisan de l’option séparatiste ne parviendra en situation de se faire élire à la tête du territoire.

A l’extérieur, dans un contexte où la rivalité stratégique avec Washington n’est pas près de s’effacer, Pékin ne reviendra pas sur sa posture anti-occidentale et de proximité stratégique avec la Russie, pour l’instant fournisseur de 16% de ses importations annuelles de pétrole et de 34% de ses importations de gaz [5]. Mais Moscou devra compter sur la défiance des autorités chinoises soucieuses de diversifier les fournisseurs du pays.

Continuant ses affaires et sa recherche d’influence en Afrique, Pékin, conscient des critiques qui l’accusent de piller les ressources primaires et d’aggraver la dette des plus pauvres, cherchera à modifier son image en multipliant l’aide au développement et à la création d’entreprises.

Dans ce contexte, tournant le dos à la tendance de la Chine-Afrique à faire cavalier seul, Xi Jinping pourrait renouveler sa récente proposition faite à Paris et Berlin, d’engager en Afrique un partenariat à trois. Il pourrait également tenter de relancer la ratification de l’accord sur les investissements avec l’Europe, suspendu le 4 mai 2021 par la Commission, au milieu d’un rare aller-retour de sanctions, précisément à propos de la situation des musulmans Ouïghour au Xinjiang.

Sur le théâtre asiatique Xi Jinping n’abandonnera pas ses revendications en mer de Chine du sud, ni son projet de récupérer Taïwan en dépit du refus massif de la population de l’Île attaché à la démocratie.

La persistance de ces revendications historiques et culturelles mettra Pékin en porte à faux avec les pays de la mouvance indo-pacifique et de « l’alliance Quad » (Japon, Inde, Australie, États-Unis).

Priorité au Congrès

Pour autant, contrairement à ce qu’avancent certaines analyses, à neuf mois du 20e Congrès du Parti, avant tout préoccupé par son adoubement pour un troisième mandat contrevenant à la jurisprudence de l’appareil, il est très peu vraisemblable que Xi Jinping saisisse l’opportunité des tensions avec Moscou à propos de l’Ukrain pour agresser Taïwan.

Au total, à l’approche de l’échéance majeure du renouvellement de sa charge de secrétaire général dont la perspective contrevient à la double jurisprudence de la limite d’âge et de la limitation des mandats, Xi Jinping recherchera la stabilité.

A l’extérieur, il ne prendra pas le risque de déclencher un conflit qui pourrait perturber l’ordonnancement politique du Congrès. A l’intérieur, s’appuyant sur la censure et la normalisation politique qui le protège, il veillera à tenir fermement les oppositions sous le boisseau.

Wu Qiang, ex-professeur de sciences politiques à Qinghua, démis de ses fonctions pour avoir soutenu les protestations de Hong Kong, pointe du doigt l’essentiel qui reste la protection du régime dont l’exigence trouve et pour cause un écho chez Vladimir Poutine.

« Quand en octobre 2021, les cérémonies du centenaire de la création du Parti affichèrent de manière grandiloquente les immenses emblèmes marxistes exhibés sur la place Tian An Men, Xi Jinping célébrait aussi le fait que la Chine avait échappé au sort des partis communistes d’Europe de l’Est et d’Union soviétique, effondrés après la Guerre froide. »

Il serait cependant imprudent de considérer que les protestations seraient définitivement éteintes. Au sein de l’appareil, les contempteurs de Xi Jinping, bien que discrets existent. Ils lui reprochent son style autocrate, agressif à l’extérieur et peu enclin à la collégialité à l’intérieur où son plus dangereux talon d’Achille, est son goût prononcé pour le culte de la personnalité.

Récemment l’Institut chinois d’Études Internationales rattaché à l’Université de Pékin a publié un rapport très vite effacé du net sur le découplage Chine - États-Unis. Il analysait les risques pour les deux pays et concluait que le plus grand perdant serait la Chine. De même, toujours à Beida, des professeurs du département de droit ont exprimé leur opposition à la stratégie zéro Covid avant que leur compte WeChat soit fermé.

Récemment un article du Quotidien du Peuple signé par Qu Qingshan, Doyen de l’Institut de recherche et de documentation de l’École Centrale du parti, qui omettait de citer Xi Jinping, faisait en revanche l’apologie de Bao Tong, aujourd’hui âgé de 89 ans. En résidence surveillée à Pékin, il est connu en Chine comme l’un des plus ardents défenseurs d’une société civile vibrante et dynamique. (lire Xi Jinping est-il fragilisé à la tête de l’appareil ?).

Note(s) :

[5Alors qu’en 2021, pour la première fois depuis dix ans, les importations de pétrole chutaient de 5,1% à 512 millions de tonnes, les 80 millions de tonnes achetés à la Russie représentaient 16% du total des importations chinoises.

Dans le même temps, les importations de gaz augmentaient de près de 20%. Sur ce marché, la proportion de gaz russe est en hausse. Le 4 février, en marge de la rencontre entre Xi Jinping et Vladimir Poutine mise en scène à l’ouverture des jeux, Gazprom et CNPC ont signé un nouvel accord libellé en Euros pour la livraison de 10 milliards de m3 annuels pendant 30 ans. Ils s’ajoutent aux 38 milliards annuels de l’accord de 2014.

Par ailleurs, sans préciser les échéances, Gazprom a déclaré qu’il prévoyait d’augmenter les exportations de gaz vers la Chine à 48 milliards de m3 annuels par un nouveau gazoduc qui fournirait 10 milliards de m3 par an depuis l’Extrême-Orient russe.

Enfin, Moscou et Pékin ont rappelé la perspective déjà évoquée en janvier dernier de la construction d’un nouveau gazoduc baptisé « Power of Siberia 2 ». Long de plus de 4000 km, reliant la péninsule de Yamal au nord de la Sibérie aux zones industrielles voraces en énergie des régions de Pékin et Shanghai en passant par la Mongolie, il doublerait la quantité de gaz livrée annuellement à la Chine.

Le projet qui relierait la Chine à la source qui approvisionne déjà l’Europe, donnerait à Gazprom le pouvoir stratégique de réguler les livraisons pour faire pression sur l’Allemagne et l’Europe. C’est la raison essentielle des délais qui au milieu des tensions autour de l’Ukraine retardent la certification de North Stream 2.


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