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›› Editorial

Que sera l’année du Tigre ? Essai de perspective

La trace autocrate et nationaliste de Xi Jinping.

En 2008, Xi Jinping entré au Comité permanent l’année précédente, alors vice-président en charge des jeux avait déjà imprimé sa marque. Alors que tout le monde s’extasiait de l’ouverture de la Chine et de son triomphe, la tendance autocrate du régime étaient déjà visible. Teng Biao, avocat et spécialiste chinois des droits, réfugié aux États-Unis, cité par Esnos, fut lui-même victime des réflexes totalitaires. Trois mois avant la cérémonie d’ouverture, il fut arrêté, privé de passeport et de sa licence d’avocat, et torturé par la sécurité d’État.

Il reste que les mailles du filet de la surveillance totalitaire étaient encore larges et le parti maîtrisait encore mal le contrôle d’internet et des réseaux sociaux. Bien que de plus en plus étroites, des marges de contestation existaient encore. Sous Jiang Zemin et Hu Jintao, entre 1993 et 2012, les militants des droits les ont utilisées en dépit des harcèlements de la sécurité d’État.

A partir de 2012, année de la promotion de Xi Jinping à la tête du Parti, lors du 18e Congrès, l’appareil de sécurité accéléra l’usage des outils technologiques de l’autoritarisme normatif. Commençant par le suivi et le contrôle détaillé des discussions en ligne par des armées de contrôleurs, il se donna les moyens d’un quadrillage en temps réel de la société amélioré par l’espionnage généralisé des téléphones portables et l’efficacité intrusive des logiciels de reconnaissance faciale.

Depuis, la chape de surveillance empêche les dissidents de voyager et tient sous le boisseau les protestations publiques que la police disperse avant qu’elles ne prennent de l’ampleur.

Cette année, flagrant contraste avec 2008 qui fut un affichage planétaire d’un mélange de convivialité, de fierté nationale et de puissance, les jeux d’hiver furent à la fois un événement tenu sous le boisseau, contraint non seulement par la pandémie, mais aussi par les tensions politiques autour de la question du Xinjiang et la détermination du Parti à supprimer la moindre contestation pouvant défier l’image de son pouvoir et celui de Xi Jinping.

Dans une organisation exemplaire tirée au cordeau, les athlètes se produisaient devant des tribunes silencieuses ; les journalistes ne pouvaient s’aventurer au-delà des limites de la « bulle sanitaire » reliée aux hôtels du village olympique par des lignes de bus obligatoires, seuls moyens de transport autorisés.

Pour atténuer le risque d’infection, les organisateurs avaient remplacé la main d’œuvre humaine par des robots. Dans la salle à manger, la nourriture descendait du plafond par un palan. Les militants ont aussi accusé le gouvernement de manipuler une application mobile catégorisant l’état de leur infection à la COVID-19. Pour empêcher les dissidents de voyager, il augmentait à sa guise le niveau de risque de leur état de contamination.

C’est dans cette ambiance insolite et hors du temps, que la Chine a conforté son rang au sommet de la hiérarchie mondiale du sport en se classant quatrième avec 14 médailles dont 8 d’or, 4 d’argent et 2 de bronze [2], derrière la Norvège intouchable, l’Allemagne, et les États-Unis.

Placée à l’appel de Washington sous la pression d’un boycott officiel de la cérémonie d’ouverture pour protester contre les traitements infligés à la population Ouïghour du Xinjiang [3], Pékin qui s’offusqua de la politisation des Jeux, n’hésita cependant pas à les transformer en estrade pour affirmer une nouvelle fois, cette fois avec Moscou, une rupture avec les « valeurs occidentales ».

Dès les premiers jours des jeux, le nationalisme chinois s’invita de manière tonitruante au milieu des performances des athlètes grâce aux performances de la jeune Gu Eileen [4], tandis qu’en riposte aux appels au boycott pour cause de « génocide culturel » au Xinjiang, Pékin avait désigné le skieur de fond Dinigeer Yilamujiang, d’origine Ouïghour pour porter le dernier relais de la flamme olympique.

Enfin, le 4 février, après des mois passés à éviter le contact direct avec les dirigeants étrangers, Xi a tenu une réunion amicale avec le président russe Vladimir Poutine, au cours de laquelle les deux ont déclaré, entre autres, leur intention commune de « s’opposer à l’ingérence des forces extérieures ».

Au milieu de tensions croissantes avec les pays occidentaux sur les « valeurs » que Xi Jinping conteste, les évolutions de l’emprise sans partage de l’appareil ainsi décrites entre les JO de 2008 et ceux de 2022, tracent la matrice de ce que sera l’année 2022 à la fois dans sa politique intérieure et les rapports de la Chine avec le monde occidental.

Note(s) :

[2Après le triomphe de 2008 à Pékin, en 2012, à Londres, la Chine s’est classée 2e et 3e à Rio en 2016. Aux jeux d’été de 2021, au Japon, elle était à nouveau 2e. L’année suivante aux jeux d’hiver 2022, avec 14 médailles dont 8 d’or, 4 d’argent et 2 de bronze, sa performance est la meilleure depuis qu’elle a commencé à participer aux JO d’hiver en 1992, à Albertville où elle n’avait décroché que 3 médailles de bronze. Sa 2e meilleure performance aux JO d’hiver eut lieu à Turin en 2006, avec 11 médailles dont 5 d’or, 4 d’argent et 2 de bronze.

[3Le boycott de la cérémonie d’ouverture fut suivi par l’Australie, le Royaume-Uni, le Canada, le Japon, l’Allemagne, le Danemark, les Pays Bas, l’Inde, la Nouvelle-Zélande, la Lituanie, le Kossovo et la France

[4Alors qu’en Amérique, Sophie Richardson, Directrice de « Human Rights Watch China », portant le couteau dans la plaie, déclarait « qu’il était impossible que les JO puissent être un succès quand le pays hôte commet des atrocités sur son sol », Pékin ripostait en confiant le dernier relais de la flamme olympique à un athlète ouïgour. Trois jours après, dès les premières compétitions, se présenta une occasion emblématique de glorifier la Nation chinoise dans l’ambiance échauffée de la rivalité Chine – États-Unis.

Le 7 févier, trois jours après le début des jeux, l’adolescente de 18 ans de nationalité américaine Eileen Gu, née à San Francisco, étudiante à Stanford, mais d’origine chinoise (Gu Ailing 谷爱凌) qui avait choisi de concourir pour la Chine où sa mère, biochimiste et femme d’affaires à succès, avait émigré il y a trente ans, remportait sa première médaille d’or dans la discipline de ski acrobatique de l’épreuve de « demi-lune ». Par la suite elle devint la première athlète à décrocher trois médailles olympiques dans trois disciplines différentes du ski acrobatique.


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