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Réunion du G.20. En l’absence de Moscou, la prévalence invasive et ambiguë de Pékin

ANNEXE.
Julien Trudeau et l’offuscation publique de Xi Jinping.

A gauche la photo de la réprimande de Xi Jinping adressée à Justin Trudeau a fait le tour du monde. Le n°1 chinois accusait le Canadien d’avoir laissé fuiter à la presse le contenu de leurs conversations traitant des intrusions chinoises dans les élections canadiennes de 2019. Mais l’offuscation publique du président chinois cache une réalité. L’armée chinoise met en œuvre des unités de cyberguerre, composées de « hackers » recrutés pour leurs talents et dont quelques noms avaient été rendus publics par Washington en 2014 (photo de droite).


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L’incident avec le premier ministre canadien que Pékin a monté en épingle le 18 novembre, après avoir d’abord tenté de le minimiser le 17 novembre par la voix de la porte-parole Mao Ning en expliquant contre l’évidence que Xi Jinping n’avait critiqué personne, est un condensé des paradoxes d’une Chine plus assurée, clairement plus réactive, souvent pugnace et vindicative, mais toujours en quête de reconnaissance et de respect.

Sous l’impulsion de Xi Jinping, la stratégie internationale de Pékin est à la fois articulée à la mémoire des humiliations infligées par les « Huit Puissances » (six européennes, les États-Unis et le Japon) et au rejet des « valeurs occidentales » exprimé par le contraste des « caractéristiques chinoises » qui réfutent le fonctionnement des sociétés libres dont les parlements élus peuvent critiquer l’exécutif qui, lui-même, n’a en théorie pas de prise sur l’appareil judiciaire.

En même temps, Xi Jinping que le Parti vient de plébisciter à sa tête en glorifiant son jugement infaillible supporte mal les critiques, alors que, dans le même temps, la puissance invasive des stratégies chinoises crée des contrefeux qui l’offusquent.

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Avec le Canada, les tensions - dommages collatéraux des brutales échauffourées sino-américaines de l’ère Trump à propos des captations de technologies et des soupçons d’espionnage de l’entreprise Huawei - furent portées au rouge par la longue saga de l’assignation à résidence à Vancouver sur requête de Washington de Meng Wenzhou, fille de Ren Zhengfei, fondateur de Huawei.

Pour faire la part des choses des retombées de la rivalité sino-américaine et de l’arrogance de Washington, y compris au détriment des intérêts stratégiques français confrontés à l’extraterritorialité de la justice américaine, relire : « Le piège américain », la montée en puissance de la Chine et les risques d’un engrenage global.

On se souviendra aussi qu’en représailles de la séquestration de Meng Wenzhou, Pékin, où la justice est aux ordres exclusifs de l’appareil, avait fait condamner pour trafic de drogue le Canadien Robert Schellenberg à la peine de mort. Lire : Chine, Etats-Unis, Canada, « Diplomatie de la peine de mort » : Ren Zhengfei, le PDG de Huawei sort de son silence.

Avec un tel arrière-plan, il est facile de comprendre la défiance de J. Trudeau et l’acrimonie de Xi Jinping qui lui reprochait d’avoir laissé « fuiter » une conversation où le Canadien accusait la Chine d’ingérence dans les élections fédérales de 2019.

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Le 17 novembre, Radio Canada est longuement revenu sur l’incident. « Tout ce dont nous avons parlé a été publié par les médias. Ce n’est pas approprié 不合适 - » a reproché Xi Jinping à J. Trudeau. D’autant, a t-il rajouté, que « la sincérité n’exclut pas le respect mutuel » et que les compte-rendu des médias « n’ont pas fidèlement rapporté la conversation ».

Le premier ministre canadien à qui son opposition reproche de n’avoir jamais réagi aux ingérences chinoises avérées par plusieurs enquêtes, a aussitôt répliqué en substance qu’il croyait à la liberté de dire franchement la vérité, tout en travaillant de manière constructive avec Pékin.

A quoi Xi Jinping a, avant de lui serrer la main, répliqué de manière ambiguë qui semblait indiquer qu’il attendait des excuses « Il faudra d’abord que vous en établissiez les conditions (de la reprise du dialogue). » Ici resurgissent l’ancestrale culture rituelle chinoise de l’exigence de respect, en même temps que la crainte d’être traité avec suffisance par une puissance occidentale.

Les thèmes du respect et de l’arrogance qui étaient déjà ceux de la très acrimonieuse rencontre bilatérale d’Anchorage en mars dernier (lire à ce sujet le § de Il y a cinquante ans, le rêve d’Henry Kissinger) ont resurgi dans les commentaires de la porte-parole du Waijiaobu Mao Ning.

Le 17 novembre, elle a accusé Justin Trudeau d’avoir agi avec « condescendance », tout en répétant qu’il appartiendrait au Canada de « créer les conditions pour que les relations avec la Chine s’améliorent  », nouvelle allusion à la nécessité que le Canada s’excuse.

Incidence intéressante, le thème de la révérence a également été évoqué par Mary Ng, la ministre du Commerce canadienne d’origine chinoise. De son nom chinois Wu Fengyi 伍凤仪, le 18 novembre, elle a, dans l’espoir d’apaiser la controverse, assuré que le Canada traiterait toujours la Chine avec respect, quand bien même elle n’était pas avec seulement 98 Mds de $ d’échanges son premier partenaire commercial. Les deux premiers étant les États-Unis (751 Mds de $) et l’UE (125 Mds de $).


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