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Taïwan attend les élections locales à l’ombre de la Chine

Batailles politiques et remises en question. Le KMT sur la sellette

Photo : Ma ying-jeou et Tsai Ing-wen à la tête des deux plus puissantes forces politiques rivales dans l’Île

Toutes les forces politiques en présence affirment la stabilité de leurs choix stratégiques pour le futur de l’Île : réunification par le truchement du rapprochement socio-économique, mais avec des visions d’une Chine réunifiée radicalement opposées entre le KMT et Pékin ; identité politique indépendante pour le DPP. Pour autant, les circonstances induisent de sévères remises en question tactiques sur la méthode et les chemins empruntés.

Depuis 2008, c’est le KMT, probablement gêné par l’usure du pouvoir qui semble avoir le plus perdu la main dans la bataille politique dans l’Île et sur le terrain des relations dans le Détroit. Avec une audience en net recul, Ma Ying-jeou en butte au harcèlement contestateur du président du Yuan Législatif, Wang Jing-pyn, qui lui reproche son manque de transparence dans l’examen du Traité sur les services, se heurte à une fronde interne au Parti, élargie à la jeunesse, aux intellectuels et aux représentants des universités assez semblable à celle qui monte à Hong Kong contre le Parti Communiste Chinois.

Non seulement Pékin répond très mal aux angoisses des Taïwanais effrayés par la perspective d’une réunification rampante favorisée par le rapprochement économique, en insistant par la voix de Xi Jinping lui-même sur la pertinence du modèle « Un pays deux systèmes ».

Uniformément rejeté par toute la classe politique de l’Île, ce montage insolite qui spécule sur la communauté des racines culturelles plus que sur la cohérence nationale, politique et territoriale, a, en dépit des limites apparues à Hong Kong, tout de même été rappelé par le n°1 chinois à une délégation taïwanaise en visite à Pékin sous la conduite du président de la « Nouvelle Alliance » Hsu Li-nung, le 26 septembre dernier. Mais il y a plus : en août la Chine a, en représailles des blocages opposés au traité sur les services par le Yuan Législatif et le mouvement du « Tournesol », fait obstacle à un traité de libre échange envisagé entre Taipei et Kuala Lumpur.

L’ouverture internationale de Ma Ying-jeou en question.

La riposte chinoise a porté un coup sévère à la stratégie internationale d’ouverture économique et commerciale imaginée par Ma Ying-jeou pour freiner l’absorption économique de l’Île par le Continent. Après le quasi arrêt des négociations sur le traité des services embourbées dans une querelle politique interne au point qu’il est impossible d’envisager sa ratification avant 2015, la manœuvre chinoise qui bride la liberté commerciale de l’Île hors du Détroit, a placé le Président taïwanais en position défensive.

Dans un contexte où la presse et le pouvoir sont restés discrets sur l’incident malaisien, le 18 septembre, Wu Rong-ji, Président du Think Tank « Taïwan Brain Trust » rédigeait une mise au point dans laquelle il alertait sur les dangers d’une relation trop univoque avec le Continent : « Ma Ying-jeou a choisi de négliger le contraste entre d’une part l’isolement économique et commercial de Taïwan (qui, du fait des blocages chinois, n’a signé que 6 traités de libre échange - Panama, Nicaragua, Guatemala, El Salvador, Nouvelle Zélande, Singapour -) et d’autre part, l’intégration avec le reste du monde de la Corée du sud, (principal concurrent de l’Île), partie à 25 traités signés ou en projet ».

Il ajoutait : « Alors que la Chine absorbe déjà 40% des exportations de l’Île et 80 % de ses investissements financiers, si Taipei continuait à signer des accords avec Pékin sans en signer d’autres au-delà du Détroit avec de nouveaux partenaires, notre dépendance à la Chine atteindrait rapidement un niveau de subjugation, dont la perspective inquiète beaucoup de Taïwanais ».

Vulnérabilité présidentielle.

Cette fragilité présidentielle sur un de ses chevaux de bataille politique - ouverture vers d’autres Traités de Libre Échange pour compenser le risque de sur-dépendance à la Chine - est clairement apparue dans le discours de Ma Ying-jeou à l’occasion la fête nationale, le 10 octobre où le Président a été réduit à la contradiction d’avoir, d’une part à soutenir le mouvement « Occupy Central » à Hong Kong, et d’autre part à vertement critiquer le mouvement « du Tournesol » pour son attitude « anti-démocratique ».

Mais chacun sait que la controverse est précisément née d’un déficit de transparence du KMT dans l’examen des clauses du traité sur les services et que l’échec de ses projets de contournement des stratégies chinoises de réunification n’est pas le résultat d’une obstruction taïwanaise, mais l’effet des blocages chinois.


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