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Taïwan attend les élections locales à l’ombre de la Chine

Pékin souffle le chaud et le froid.

Photo : En mars 2014 des dizaines de milliers de Taïwanais ont protesté devant le siège du gouvernement à Taipei pour exiger le retrait du pacte sur les services considéré par eux comme un cheval de Troie de la stratégie de réunification chinoise.

En réponse à ces difficultés et incertitudes, le Parti a adopté deux stratégies : l’une de fermeté qui confine à l’intimidation par la répétition inflexible de son opposition à toute velléité d’indépendance, à quoi s’est ajouté le blocage brutal déjà évoqué des initiatives d’ouverture de l’Île vers d’autres partenaires commerciaux ; l’autre, plus souple, consistant à accorder plus d’attention aux fractions de la population de l’Île qui bénéficieront du rapprochement économique apaisé avec la Chine, et en particulier les fermiers, les pêcheurs et les PME, dont les motivations économiques sont au moins aussi importantes que leur quête identitaire.

Tel était l’objet de la visite dans l’Île de Zhang Zhijun, à la fin juin dont le Parti a tiré avantage en dépit des échauffourées survenues à Kaohsiung attribuées à une « petite minorité » pour affirmer, contre l’évidence, que « la grande majorité des populations de part et d’autre du Détroit était favorable à la réunification ». Il n’empêche que le raidissement contre l’accord de libre échange avec la Malaisie, le rappel de la pertinence du schéma « un pays deux systèmes », alors même qu’à Hong Kong, il était critiqué par les étudiants qui en identifiaient les limites, ont jeté un froid et créé le sentiment que Pékin perdait patience.

Les bonnes paroles de Yu Zhengsheng…

Au point que Yu Zhengsheng, n°4 du régime, en charge de superviser la question taïwanaise, a, le 12 septembre été contraint à une déclaration dans laquelle il mettait l’accent sur la nécessité d’une meilleure compréhension réciproque au sein « de membres d’une même famille », ce qui laissait supposer que l’Île pourrait bénéficier d’un traitement privilégié dans les échanges commerciaux ; en même temps, Yu, membre du cercle rapproché du Président Xi, tenta de minimiser les effets du blocage du traité de Libre échange avec la Malaisie en précisant que les avantages comparatifs de la Corée du sud sur le marché chinois ne seraient effectifs qu’à la longue (cité par Romberg).

…et la coopération des garde-côtes…

Le discours de Yu, faisait suite à un exercice conjoint de sauvetage des gardes-côtes chinois et taïwanais conduit début août dans les eaux des îles Matsu contrôlées par Taïwan. 550 marins des deux rives, 33 bâtiments divers et 4 hélicoptères ont participé à l’exercice. Bien que les deux parties aient planifié de nouveaux exercices en 2016, Pékin n’a cependant pour l’instant pas réussi à associer Taïwan à ses revendications en mer de Chine du sud.

…n’effacent pas la méfiance.

Il reste que le compte de la confiance entre le KMT et le Parti Communiste Chinois, n’y est pas. Lors de leurs voyages respectifs, en Chine et à Taïwan, ni Wang Yu Chi, ni Zhang Zhijun n’ont rencontré les têtes politiques du PPC ou du KMT. Quant à la rencontre longtemps évoquée entre Ma Ying-jeou et Xi Jinping au sommet de l’APEC à Pékin, les 10 et 11 novembre prochains, dont ni le PPC ni le KMT n’avaient rejeté le principe à priori, chacun espérant qu’elle pourrait ouvrir des perspectives nouvelles, elle n’aura pas lieu.

Début octobre, Ma Ying-jeou, estimant que le moment n’était pas venu, a désigné pour le représenter Vincent Siew, ancien vice-président jusqu’en 2012. La Chine ayant, dans sa réponse à Taïwan, elle-même jugé qu’un sommet international n’était pas le cadre approprié pour une rencontre de ce type.

Taipei en quête d’Espace : les freins et les largesses de Pékin.

L’échec du projet renvoie à la question très sensible de la souveraineté de l’Île que Pékin met parfois en avant, au gré de ses tactiques de pressions, pour bloquer les initiatives taïwanaises visant à élargir son espace diplomatique, y compris quand il ne n’agit que de conférences techniques, financières ou commerciales.

Les freins chinois qui, à certaines occasions, se sont récemment relâchés, sont toujours plus ou moins serrés, en dépit du réchauffement des relations dans le Détroit. Malgré ses efforts qui suivent ceux de ses prédécesseurs, Ma n’a en effet pas réussi à obtenir le statut d’observateur dans certaines enceintes internationales comme l’OMS ou l’Organisation de l’Aviation Civile Internationale.

En réalité Pékin bloque toute participation de Taïwan à une organisation internationale qui lui confèrerait un statut d’État souverain. Quand elle l’autorise, comme c’est le cas à l’OMC en janvier 2002, elle prend soin d’imposer aux Taïwanais qu’ils renoncent à l’appellation « République de Chine », pour adopter celui de « China Taipei », explicité par la formule sans ambiguïté de « territoires douaniers séparés de Taïwan, Penghu, Kinmen et Matsu ».

De même, ayant récemment perçu qu’un blocage sans esprit de retour des initiatives taïwanaises pour élargir le réseau des accords commerciaux de l’Île, comporterait le risque de heurter la sensibilité des Taïwanais, dangereux pour sa stratégie à long terme de réunification apaisée, Pékin a ces dernières années, autorisé la signature par Taipei de plusieurs accords spécifiques ou plus larges (sur les pêches avec Tokyo au printemps 2013, ou de libre échange avec Wellington en juillet 2013 et Singapour en novembre 2013, qui s’ajoutent aux 4 autres existant en Amérique Latine).

Cette largesse a récemment pris fin. En riposte aux blocages taïwanais du traité sur les services, Pékin a exercé des pressions pour stopper les négociations de l’Île avec Kuala Lumpur, qui s’ajoutent à celles pour freiner un traité de libre échange entre Taïwan et le Paraguay, le seul État d’Amérique du Sud qui reconnaît le gouvernement de Taipei sous son nom de « République de Chine ».

…dans un contexte économique en demie teinte…

Le gouvernement s’efforce de réduire ses déficits budgétaires encore évalués à 1,9% en 2014, alors qu’il a relevé la limite haute autorisée de la dette publique totale, passée de 48% à 50% du PIB, essentiellement au profit des administrations régionales, dont le plafond de dettes autorisées a été rehaussé de 5% au profit des dépenses sociales (le plafond autorisé de la dette du gouvernement central est resté inchangé à 40%).

Dans le même temps, la réforme des retraites est restée lettre morte, bloquée par le Yuan Législatif, dans une année politiquement difficile où le scrutin du 29 novembre rend improbables les mesures de rigueur budgétaire. Il faudra attendre 2015 pour la mise en œuvre d’une réforme fiscale qui augmentera les recettes de l’État.

La fenêtre restera cependant étroite compte tenu des résistances au sein même du KMT, en prévision des scrutins législatif et présidentiel de 2016. En dépit de ces obstacles, la remise en ordre des finances publiques opérée par l’actuel pouvoir est remarquable puisque le déficit public est passé de 4,5% en 2009 à 1,9% en 2013.

Au cours du premier semestre la reprise s’est confirmée avec une croissance moyenne de 3,4% dopée par la hausse de la consommation (+ 2,7%) et des exportations (+ 4,3%). En juillet, l’index de la production industrielle est resté à la hausse (+ 6,1%) de même que l’indice des services, tandis que l’indicateur d’achats se maintenait largement au-dessus de la barre des 50. Même les indicateurs de la construction, déprimés au cours des 5 premiers mois de 2014, se sont redressés.

…qui réduit la marge de manoeuvre de l’Île.

Toutefois, la forte dépendance de l’économie au commerce avec la Chine, le faible nombre d’accords de libre échange avec d’autres pays (6), de même que les performances en baisse du secteur électronique influencent négativement la compétitivité manufacturière de l’Île. Ces facteurs s’ajoutent au vieillissement de la population, au poids de la facture énergétique et à l’exposition des banques à la spéculation immobilière, pour poser des risques à moyen terme. Il est évident que ces derniers limitent la liberté de manœuvre de l’Île dans son bras de fer avec le Continent.

Note sur les séductions chinoises : Les stratégies chinoises qui visent à séduire la base des PME et au-delà, la société civile et les parlementaires, n’ont pas débuté avec Zhang Zhijun. Elles sont à l’œuvre depuis plusieurs années et elles sont efficaces. Dans un article du 1er novembre 2012 publié dans le magazine taïwanais « Commonwealth », Rebecca Lin décrivait déjà l’activisme local, dans la région de Kaoshiung, de Zheng Lizhong, le n°2 à Pékin du Bureau des Affaires Taïwanaises au Conseil des Affaires d’État.

Ce dernier, qui se démarque par son attitude chaleureuse des bureaucrates rigides, a réussi à tisser des liens étroits avec tous les secteurs, jusque dans les villages de pêcheurs et les fermes, aussi bien qu’auprès des hommes d’affaires influents, ou même des parlementaires, qui lui servent de porte d’entrée ou d’intermédiaires pour organiser ses contacts, lors de ses voyages.

En échange, son action, qui se développe - la précision n’est pas anodine - au cœur du fief politique des indépendantistes, arrange des transactions et facilite les exportations ou les investissements taïwanais vers le Continent. Avec parfois des augmentations de 100% des ventes de fruits vers la Chine, son activisme vise – et quand les résultats sont à la hauteur, il n’a aucun mal à le faire - à « conquérir l’esprit et les cœurs » des Taïwanais, et à installer une relation stable et de longue durée. Celle-ci, estime Rebecca Lin, est de nature à faire sérieusement contrepoids au désir d’indépendance de la base.

Note sur la facture énergétique : Alors que l’Île importe la majeure partie de ses sources d’énergie primaire composées de pétrole (41%) et de charbon (34%) – le reste étant réparti entre le gaz naturel, le nucléaire et un pourcentage encore faible d’énergies renouvelables – l’arrêt sous la pression de la société civile, de la 4e centrale nucléaire en avril complique l’équation énergétique du pouvoir. Afin de préserver l’avenir et un éventuel démarrage du réacteur, le président de Taiwan Power a proposé un budget de 43,3 millions de $ pour 2015 afin de la maintenir en état de fonctionner.

Lire aussi : « Y a t-il un futur sans énergie nucléaire ? ». La société civile en marche.


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