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Tempête existentielle au parti indépendantiste

Dans ce contexte irrésistible, il estime qu’en face du continent eurasiatique - « le continent le plus central et le plus sensible de la planète » -, la priorité pour Washington serait, d’une part de se poser en rassembleur et garant de l’unité de l’Occident, qui inclurait éventuellement la Russie et la Turquie et, d’autre part, de faciliter le règlement des conflits en Asie, par exemple entre Pékin, Tokyo et New Delhi, en gardant à l’esprit qu’il est capital de s’accorder avec la Chine sur le maximum de sujets.

A cet effet il insiste pour que l’Amérique cesse de considérer que la stabilité de l’Asie pourrait être garantie par une puissance non asiatique, et suggère que le Pentagone réduise ses démonstrations de forces ainsi que ses patrouilles maritimes et aériennes aux abords de la Chine, tandis que la Maison Blanche devrait mettre un terme à la contradiction consistant à refuser à Taïwan le statut d’Etat à part entière, tout en continuant à lui livrer des armes, sources de tensions récurrentes avec Pékin.

La vision de l’auteur du « Grand échiquier », vaste, froide et lucide ne manque ni d’ampleur ni de perspective. Mais, entièrement calibrée par les intérêts des Etats-Unis et leur influence sur l’Eurasie, elle envisage la situation de la planète comme un géologue examinerait la tectonique des plaques, passant sous silence les sourdes angoisses qui agitent les peuples confrontés à des graves menaces contre leur identité.

Lui, le diplômé de Harvard d’origine polonaise, né à Varsovie, qui fut, lors des affectations de son père diplomate, confronté à la montée du nazisme en Allemagne et aux purges staliniennes en URSS, enfin empêché de retourner dans son pays, dépecé par le 3e Reich et Moscou, finalement avalé pour un demi siècle par le Pacte de Varsovie, conseille ici, dans l’intérêt de Washington, de faire abstraction des appréhensions identitaires des Européens sommés d’accueillir la Turquie dans l’UE, et des angoisses des citoyens Taïwanais confrontés à la perspective d’une mise aux normes par le Parti Communiste chinois.

La question posée ici renvoie à l’influence réelle ou supposée des hommes et des Etats sur l’histoire et à leur capacité d’en modifier le cours. S’il est vrai que la réponse est toute entière dans les mains des Chinois et des Taïwanais, on ne peut nier qu’elle soit aussi dans celles des Etats-Unis, dont la légitimité sécuritaire dans la région asiatique se nourrit de leurs victoires militaires contre le Japon et la Corée du Nord. Mais le temps passe et les situations changent.

Les limites de l’influence de l’Amérique seront, in fine, inscrites dans ses capacités financières, dans l’appréciation du rôle qu’elle acceptera de s’attribuer elle-même en Asie, lui-même contraint ou favorisé, à la fois par ses relations avec la Chine et par la nature des rapports que Pékin entretiendra avec le reste de l’Asie.

Dans la conclusion de son article, Brzezinski met en garde Washington contre la tentation impériale : « avec ses troupes stationnées à demeure à l’étranger, protégées par de vastes et dispendieuses fortifications, Rome était politiquement et militairement surexposé. Au milieu du Ve siècle, l’empire était proche de la faillite ».


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