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›› Editorial

Une fin d’année chaotique

Le 21 janvier 2022 Antonio Guterres prononçait à la tribune des NU un discours où il évoquait le chaos du monde. Ses premiers mots définissaient les urgences « Nous commençons une autre année aux prises avec une pandémie mondiale. Le COVID-19 continue de bouleverser des vies, des plans et des espoirs. La seule certitude est plus d’incertitude. » (…)

« Pendant ce temps, les inégalités se creusent. L’inflation est en hausse. La crise climatique, la pollution et la perte de biodiversité font rage. Nous sommes confrontés à un chaudron de troubles politiques et de conflits féroces. La méfiance entre les puissances mondiales atteint son paroxysme. Et l’autoroute de l’information est obstruée par la haine et les mensonges, donnant de l’oxygène aux pires pulsions de l’humanité. »

Dans sa conclusion, il faisait référence à la mission originelle de l’ONU de « préserver la paix », comme pour indiquer qu’elle n’était plus en mesure de la garantir.


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Dans une des embardées dont le Parti a le secret, le 7 décembre, craignant peut-être un contrecoup politique après les contestations du 23 novembre, ou, - c’est une spéculation – suite à de vifs débats internes pointant du doigt les dégâts infligés à l’économie et à la psychologie des Chinois dans les grands centres urbains, Pékin, a, sans la moindre préparation, brutalement levé la plupart des restrictions qui, depuis trois ans, enfermaient la population et l’économie dans le filet paralysant d’une stratégie sans souplesse dite « zéro-covid ».

L’utopie du « zéro-covid » à l’épreuve des réalités.

Alors que la stratégie choisie par Xi Jinping avait pour but de prouver la supériorité du système politique chinois, elle s’est brutalement heurtée aux réalités, provoquant un choc politique qui ébranle l’exécutif chinois.


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La décision soudaine offre au monde l’image d’un tête-à-queue stratégique mal contrôlé dont le premier effet est, malgré la propagande, d’affaiblir la réputation d’infaillibilité de n°1 chinois tout juste désigné pour un troisième mandat contre la jurisprudence de l’appareil d’un départ à la retraite à 68 ans. Les effets politiques cachés de cette errance fermenteront au moins jusqu’à la réunion de l’ANP de mars 2023.

Si la flambée épidémique restait à ce point mal contrôlée, tandis que Xi Jinping sera investi pour un troisième mandat présidentiel, ses opposants lui reprocheront d’avoir, en 2018, révoqué la règle instaurée en 1982 par Deng Xiaoping limitant à deux le nombre de mandats successifs de chef de l’État.

Le 21 décembre, lors d’une conférence de presse, Tedros Ghebreyesus le Directeur Général de l’OMS s’est dit « préoccupé » par l’augmentation des cas graves signalés et a appelé la Chine à mieux partager ses données sur leur sévérité, le nombre d’hospitalisations en soins intensifs et le décompte réel de décès.

En même temps, il a, au risque d’agacer Pékin, évoquant une fois encore l’hypothèse d’une fuite d’un laboratoire de Wuhan, rappelé que « toutes les hypothèses sur l’origine de la pandémie restaient ouvertes. »

Le 25 décembre, suscitant une inquiétude, l’appareil a cessé de communiquer sur le nombre de nouveaux cas et de décès, alors même qu’au cours des deux premières semaines de décembre plus de 200 millions de nouveaux cas positifs avaient été officiellement annoncés par le régime.

Selon Valérie Niquet, responsable du pôle Asie à la Fondation pour la Recherche Stratégique, ces données laissent penser que la part de la population désormais contaminée estimée à 20% (280 millions), augmenterait à un rythme de plus de 30 millions par jour.

En même temps, les informations éparses parvenant de Chine via les réseaux sociaux diffusant des images d’hôpitaux surchargés et des crématoriums à nouveau très actifs, indiquent que le bilan des décès journaliers pourrait atteindre plusieurs milliers. Trois années après le surgissement de l’épidémie à Wuhan, à l’automne 2019, occultée par les autorités chinoises jusqu’au 23 janvier 2020, la question se pose à nouveau de la transparence du système chinois.

Le 30 décembre, alors que le porte-parole du MAE chinois niait l’absence de transparence, Tedros insistait en affirmant « comprendre les pays [1] ayant pris des dispositions pour tester les voyageurs venant de Chine, en l’absence d’informations complètes du terrain »

Depuis cette date, au milieu d’une polémique justifiée sur l’efficacité réelle des contrôles et malgré les réactions de Pékin qui se plaint de discriminations anti-chinoises par ceux qui, il y a moins d’une semaine, l’accusaient de rigidité, le nombre de pays imposant des tests aux voyageurs venant de Chine a augmenté.

Le 30 décembre, abandonnant les ambiguïtés de Bruxelles, dans une lettre adressée aux Ministres de la santé des 27, Stella Kyriakides, la Commissaire responsable de la santé à l’UE exhortait les membres à reprendre les tests séquentiels des prélèvement effectués sur les voyageurs chinois pour identifier les risques de surgissement de nouveaux variants potentiellement plus dangereux.

Trois années après les occultations politiques de la censure des lanceurs d’alerte (lire à ce sujet : ayant caché au monde jusqu’au 23 janvier 2020 le surgissement du virus à Wuhan à l’automne 2019, Covid-19 : La démocratie, l’efficacité politique et l’attente des peuples), le régime chinois est à nouveau sur la sellette.

Xi Jinping et le parti au défi. Quels risques politiques ?

En plus des vastes défis socio-économiques, Xi jinping, animé par l’orgueil nationaliste de prouver à la face du monde la supériorité du système politique chinois s’est lui-même créé un risque pandémique dont les mèches lentes sont devenues un préoccupant cordeau détonant. Sauf accident, il est probable que la force du Parti omniprésent dans toutes les strates de la société et la peur populaire du chaos éviteront que l’appareil perde sa prévalence politique. Il n’est pas certain qu’elles protègeront Xi Jinping des conséquences de nouvelles erreurs politiques.


*

A l’orée de 2023, force est de constater qu’en trois années, la défiance globale à l’égard de la Chine a augmenté de manière préoccupante, tandis que, sur fond de guerre en Ukraine ayant pris à contrepied le déficit de puissance de la « Vieille Europe », la connivence stratégique clairement dirigée contre l’Occident entre Moscou et Pékin, dotées d’un droit de véto à l’ONU, rebat les cartes du fonctionnement du système international qui prévalait depuis 1945.

En même temps, au fil des raidissements politiques du n°1 chinois, sa stratégie pandémique qu’il voyait comme une source de légitimité politique à l’intérieur comme à l’étranger, démontrant la supériorité de la gouvernance anti-démocratique à l’aune des « caractéristiques chinoises », est à la source d’une crise politique qui sape son autorité.

Articulée au contrôle sans nuance de tous les secteurs de la vie chinoise, depuis les fleurons du numérique jusqu’aux mises aux normes culturelles et religieuses, en passant par la surveillance filmée de la société et le corsetage des strates administratives de l’appareil sérieusement malmené par la lutte anti-corruption assez souvent prétexte à l’élimination des opposants, la paranoïa politique de Xi Jinping pourrait, avec la stratégie rigide de « zéro-covid » bien avoir touché à ses limites.

Alors que le premier ministre Li Keqiang, 67 ans, avait déjà manifesté son intention de se retirer, tandis que les autres tenants de la Ligue de la jeunesse communiste, héritiers de Hu Jintao [2] ont été écartés quand bien même leur âge inférieur à 68 ans aurait permis leur réélection, la première conséquence de l’Hubris du pouvoir absolu sans respiration politique est de nourrir sous la surface les ferments d’une contestation politique.

Il reste qu’en Chine, tout comme en Russie dominée par la peur du chaos des années quatre-vingt-dix, la société toujours marquée par le spectre des catastrophiques luttes politiques des années maoïstes et satisfaite des progrès socio-économiques ayant créé une puissante classe moyenne, n’est, dans l’ensemble, pas sensible à l’appel à la révolte.

La rémanence populaire de la quête de stabilité, opposée à la peur du chaos, associée à la force de contestation par deux puissances dotées d’un droit de véto obtenant le plus souvent l’appui de la nébuleuse onusienne des émergents animés par une réelle rancœur anti-occidentale, expriment les contours d’un conflit de « valeurs » qui se cristallise sous nos yeux depuis quelques années.

Note(s) :

[1États-Unis, Inde, Hong Kong, Corée du Sud, Thaïlande, Japon, Inde, Singapour, Malaisie, Taïwan, Israël, Italie, France, Royaume-Uni, Espagne et l’UE qui conseille de reprendre les séquençages génétiques pour identifier d’éventuels nouveaux variants.

[2Li Keqiang, 67 ans en juillet 2022, premier ministre et n°2 du régime, nommé en mars 2013 et reconduit en 2018, s’est lui-même écarté en 2022 en annonçant son départ à la retraite. Alors que de notoriété publique, il s’était opposé à Xi Jinping qui tournait le dos au pragmatisme consensuel de Deng Xiaoping, ses prises de position à ce sujet furent censurées. Plus encore, Xi manœuvra pour lui ôter l’essentiel de ses pouvoirs en prenant lui-même la tête des petits groupes dirigeants traitant de ses prérogatives.

Wang Yang, 67 ans en mars 2022, ancien membre du 19e Comité permanent, n’a ni été reconduit au Bureau Politique ni au Comité Central. Membre éminent comme Li Keqiang de la faction de la Jeunesse Communiste de Hu Jintao, il fut un vice-premier ministre en 2013 et 2018. Auparavant à la tête des provinces de Chongqing et de Canton, il s’est distingué par ses critiques directes des caciques corrompus, son attachement à loi du marché et son habileté politique.

Il a notamment géré par consensus les épineuses questions de la modernisation urbaine de Chongqing et des dédommagements des propriétaires après la démolition des quartiers insalubres et celles des émeutes rurales du village de pêcheurs à Wukan en 2011, qui protestaient contre les indemnisations insuffisantes des réquisitions de leurs terres. Lire : La démocratie directe et le défi des révoltes paysannes.

Hu Chunhua, 59 ans, membre des Jeunesses Communistes et du 19e Bureau Politique, ancien gouverneur du Hebei (2008 – 2009), n°1 en Mongolie (2009–2012) et à Canton (2012-2017), que les observateurs considéraient comme un sérieux candidat de la 6e génération au poste de premier ministre pour 2022 et même sur la trajectoire d’un possible futur n°1 du Parti, a définitivement été écarté lors du 20e Congrès. Sa disgrâce liée à son alignement politique à une faction rivale, intervient alors même qu’il avait efficacement participé aux campagnes de lutte contre la pauvreté et à la promotion des « Nouvelles routes de la soie ».


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