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Une vue cavalière du conflit global sino-américain

Ce n’est pas la guerre froide puisque les 2 se rencontrent sans cesse pour négocier, puisqu’il n’y a pas de rideau de fer, que les échanges d’étudiants sont permanents et nombreux, et que les deux ont entre eux les plus vastes relations commerciales de la planète à hauteur de 600 Mds de $. Liés l’un à l’autre par une dépendance réciproque, leurs élans guerriers sont contraints par la puissance dissuasive de l’arme atomique. Pour autant, le déséquilibre des conditions d’investissements et la rémanence des secteurs chinois interdits, les transferts forcés de technologies accompagnent un déficit chronique annuel au détriment de l’Amérique supérieur 400 Mds de $. Ces disparités nourrissent les frustrations de Washington et ont initié un bras de fer aujourd’hui dilaté en rivalité globale dont l’essence est devenue culturelle. En mer de Chine du Sud et à Taïwan les raidissements de souveraineté chinois et la riposte américaine créent des tensions explosives sur fond de rancœur chinoise anti-occidentale.


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C’est un lieu commun de dire que les controverses commerciales sino-américaines se sont dilatées en une rivalité globale. Les discordes concentrent aussi bien les différends sur les restrictions non tarifaires brimant les investissements étrangers en Chine, les captations de technologies, les divergences politiques sur le mode de gouvernance, ponctuées par les critiques des ONG des droits fustigeant la mise en fiches de la population chinoise et le traitement carcéral réservé aux Ouïghour au Xinjiang.

S’y ajoutent l’aversion grandissante de Pékin pour la présence des alliances militaires américaines à ses portes, les tensions en mer de Chine du Sud et à propos de Taïwan où s’affrontent les « caractéristiques chinoises » articulées à la culture et à l’histoire opposées au droit international, le poids de la démocratie ignoré par Pékin ;

Sans oublier qu’en dépit des affirmations récurrentes rappelant la coopération sino-américaine sur la question nord-coréenne et celle de la dénucléarisation de la péninsule, le Parti Communiste chinois qui fut l’allié de Pyongyang durant la guerre de Corée, déploie toute son énergie pour conserver son influence auprès de Kim Jong-un, y compris par des initiatives brouillant la stratégie de la Maison Blanche.

Corée du nord, Pékin joue l’ambiguïté.

Du 7 au 10 janvier Kim Jong-un était à Pékin et en Chine. C’était la 4e fois depuis mars 2018. S’il est possible qu’à cette occasion Xi Jinping ait proposé une aide pour à la manière chinoise extraire l’économie nord-coréenne de l’ornière étatique, le voyage surprise avait surtout pour but de préparer la prochaine rencontre de Kim avec D. Trump. Pour Pékin il s’agit aussi de rester dans le jeu des négociations pour la dénucléarisation. A l’occasion, dans un contexte où aucun dirigeant chinois n’accepterait d’être écarté d’un processus de paix sur la péninsule, Pékin pèsera pour desserrer les pressions américaines sur Pyongyong, y compris en avançant des propositions pouvant brouiller la stratégie de Washington,


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Avec Moscou, le Parti laissa flotter de manière ambiguë la proposition d’un allégement immédiat des sanctions contre Pyongyang, après le dégel de la réunion de Singapour, ou/et en cautionnant le discours nord-coréen faisant de la signature rapide d’un traité de paix garantissant la sécurité internationale du régime de Kim Jong-un, la condition des progrès de la dénucléarisation.

Au passage, notons que l’opportunisme de Pékin appuyant sans le dire la rhétorique de Pyongyang pour un allégement des sanctions et la garantie de sécurité d’un traité de paix, conforte les critiques qui, aux États-Unis, accusent D. Trump d’avoir brouillé les priorités stratégiques de Washington en privilégiant un apaisement de façade contre la question centrale de l’abandon par Pyongyang de son arsenal nucléaire.

Lire : Le brouillard stratégique de la relation Tokyo – Pékin – Washington. et Xi Jinping, D. Trump, Kim Jong-un, brutal retour aux réalités.

Venu en train blindé depuis Pyongyang avec son épouse Ri Sol-ju, Kim Jong-un était à Pékin et en Chine du 7 au 10 janvier à l’occasion de son 35e anniversaire. Alors qu’il n’avait jamais été invité par le régime depuis 2012, sa visite était la 4e depuis mars 2018, en seulement 9 mois.

Le contenu exact des 3 réunions au sommet a été tenu secret. Tout au plus la visite a-t-elle été entourée d’éléments de langage des porte-paroles du Waijiaobu et du Global Times à propos de l’importance cruciale de la proximité Pékin-Pyongyang en appui de l’objectif de dénucléarisation.

En réalité, alors que la rencontre coïncidait avec la préparation de la 2e rencontre au sommet entre Kim et Trump, la présence de Pékin dans le processus permet à Xi Jinping qui, comme ses prédécesseurs ambitionne d’aider l’économie nord-coréenne à sortir de ses ornières étatiques centralisées, de rester, à ses portes, dans un jeu dont aucun dirigeant chinois, quel qu’il soit, accepterait d’être tenu à l’écart.

Elle donne aussi à Kim Jong-un l’assurance d’une marge de manœuvre face à ce que Pyongyang considère comme l’exigence excessive, d’un démantèlement de son arsenal nucléaire sans contrepartie préalable des États-Unis.

Au cours de son discours de nouvel an, Kim tout en répétant son intention de « dénucléariser » avait d’ailleurs fait savoir que dans le cas de pressions trop insistantes de Washington, comme par exemple celle exigeant de révéler tout de suite plus de détails de son arsenal nucléaire, il pourrait choisir d’emprunter une voie divergente de celle consistant à négocier avec D. Trump.

L’efficacité de la menace est cependant bridée par le fait qu’au-delà de toute autre considération, c’est Washington agissant durant la guerre comme nation pilote au nom des NU, contre l’invasion de la Corée du Nord par Pyongyang soutenue par la Chine qui détient la clé d’un traité de paix.

Le sommet sinocoréen à Pékin se déroulait au moment même où avait lieu au ministère du commerce chinois à quelques encablures de la rencontre entre Kim et Xi Jinping, une session de négociation à la recherche d’un difficile compromis commercial, à 45 jours de la fin de l’armistice concédé par la Maison Blanche dans sa féroce offensive fiscale contre les abus commerciaux chinois.


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