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Une vue cavalière du conflit global sino-américain

En mer de Chine du Sud, les enchères montent.

Le DF-26 est un missile intermédiaire de 5400 km de portée, dont la Chine affirme qu’il est capable de détruire un navire en mouvement. En évoquant son déploiement dans le nord-ouest de la Chine, Pékin entend dissuader Washington de poursuivre ses intrusions navales aux abords des îlots contestés en mer de Chine du sud. La gesticulation hausse les enchères à un niveau stratégique militaire.


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Coïncidence ou volonté américaine de lier tous les conflits en un seul affrontement de valeurs, le 8 janvier alors que se déroulait à Pékin les négociations commerciales, le destroyer lance-missiles USS McCampbell effectuait une intrusion à l’intérieur des 12 nautiques autour des îles Paracel réclamées par la Chine comme ses eaux territoriales.

Le signal n’était pas anodin si on se souvient que l’archipel qui fut âprement disputé dans l’histoire [1] situé à équidistance d’environ 170 nautiques du Vietnam et de l’île de Hainan, compte l’Îlot Woody - 永兴岛 yongxin dao - abritant une garnison de 1000 hommes où la Chine a construit une des pistes d’aviation capable d’accueillir des chasseurs de combat. Lire : Mer de Chine. La tentation de la force. et, Chine, Russie, États-Unis : Une ambiance de guerre froide.

Comme à son habitude la Chine a protesté que la manœuvre américaine « violait gravement la souveraineté chinoise » ajoutant que « l’APL avait été mise en alerte maximum pour défendre la sécurité et la souveraineté nationales. »

Mais cette première intrusion américaine de 2019 était conduite dans un contexte particulier de raidissement de l’Amérique face aux prétentions chinoises.

La mission était en effet la première après l’adoption de « l’Asia Reassurance Initiative Act » ou « ARIA » par le Congrès appelant le Président à « développer une stratégie diplomatique avec les alliés et les partenaires des États-Unis en vue de conduire des entraînements conjoints dans la zone Indo-Pacifique, y compris en mers de Chine de l’Est et du Sud, destinés à réaffirmer le droit international ».

Trois jours après la mission du destroyer USS McCampbel autour des Paracel, la situation sortant des habituelles joutes verbales, tournait à l’aigre, s’approchant d’une menace stratégique. Après une mise en garde du porte-parole Lu Kang, le Global Times et la télévision nationale annoncèrent le déploiement des missiles DF-26 (pour DF : 東風 – Dong Feng, vent d’Est).

D’une portée de 5400 km qui place l’île de Guam à portée de tir, le DF-26 est un missile mobile de portée intermédiaire en service dans la 2e artillerie depuis 2015, dont la précision est mal connue, mais que la Chine inclut dans la catégorie de missiles balistiques anti-navires.

S’il est vrai qu’annoncer le « déploiement » d’un missile mobile en théorie toujours prêt procède plus de la gesticulation peut-être à usage interne, il n’empêche que l’évocation d’une riposte balistique depuis le Continent fait entrer la situation dans des eaux mal balisées de l’incertitude stratégique.

D’autant que, compte tenu des enjeux, il est peu probable que l’US Navy cesse ses missions dans les eaux contestées qui, jusqu’à présent, eurent lieu au rythme d’une tous les deux mois, Washington pouvant aussi compter sur l’appui de ses alliés occidentaux et du Japon pour contester par des intrusions navales militaires équivalentes les prétentions chinoises.

Dans le collimateur, Taïwan renâcle.

Harcelée par Pékin, Tsai Ing-wen a dans un discours du 2 janvier fait appel à la Communauté internationale pour « éviter que Taïwan soit la prochaine victime des pressions chinoises ».


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L’Île de Taïwan, récemment mise sur le devant de l’actualité par le discours de Xi Jinping du 2 janvier fait également l’objet d’une obligation de droit interne américaine – « le Taïwan relation act » (1979) - obligeant la Maison Blanche à « procurer à l’Île des armes défensives et à maintenir les capacités des États-Unis leur permettant de résister à toute forme de coercition mettant en danger la sécurité ou le système socio-économique du peuple taïwanais »

Là aussi, Washington est sorti de la routine, créant une inquiétude à Pékin quand, à la dernière réunion de l’APEC à Port Moresby, le vice-président Pence a rencontré en marge du sommet – une première depuis de longues années – Morris Chang, le représentant taïwanais. La rencontre que Pékin n’a pas commentée, venait après la signature en mars dernier du « Taiwan Travel Act » autorisant la venue dans l’Île de personnalités officielles américaines que Pékin a toujours tenté de prohiber.

Jusqu’à présent les Américains avaient joué ce jeu des contacts discrets « profil bas » pour ménager les susceptibilités de Pékin. Avec Trump le « vandale diplomatique » faisant feu de tous bois, cette délicatesse est terminée.

Sur ce terrain la Maison Blanche peut compter sur l’appui des parlementaires du lobby taïwanais qui, répondant à l’appel à l’aide de Tsai Ying-wen sévèrement harcelée par Pékin, l’ont assurée de leur soutien. Lire : « Quand Pékin harcèle Taïwan, Washington lui ouvre les bras. ».

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Une 5e controverse en voie de très sévère crispation, renvoyant elle aussi à un conflit de valeurs avec l’Occident se doublant d’une rivalité acerbe avec Washington dont les pratiques judiciaires impérialistes ne heurtent pas seulement la Chine, est celle de l’arrestation, le 1er décembre dernier à Vancouver, de Meng Wanzhou, directrice financière et fille du PDG de Huawei (lire Meng Wanzhou, symbole de la rivalité globale avec Washington.).

Émotions et rancune chinoises à Ottawa.

C’est peu dire que la Chine est ulcérée par l’arrestation de la fille du PDG du plus beau fleuron technologique chinois. Relâchée contre une caution de 7,5 millions de $, assignée à résidence avec un bracelet électronique à la cheville, Meng qui attend un jugement d’extradition vers les États-Unis, est au centre d’une dispute où reviennent à la surface sans aucune retenue diplomatique les vieilles rancœurs anti-occidentales par le truchement d’une violente diatribe contre les États-Unis et le Canada, accusés par Lu Shaye (photo) l’ambassadeur chinois à Ottawa d’exprimer « le nombrilisme occidental et la suprématie blanche ».

Le 9 janvier Lu Shaye réagissait aux efforts d’Ottawa pour recruter des soutiens diplomatiques en vue de libérer les Canadiens Michael Kovrig et Michael Spavor interpellés en Chine en riposte à l’arrestation de Meng.

Quand Berlin, Paris, Londres, Bruxelles et Canberra exprimèrent leur soutien, Lu a renchéri en s’interrogeant sur leur capacité à représenter la communauté internationale et accusé en bloc les « pays occidentaux » d’arrogance et d’employer « un double standard » pour juger la Chine, retournant contre eux l’accusation faite à Pékin de « piétiner l’État de droit ».

Mais une autre mèche explosive est allumée en la personne du canadien Robert Schellenberg, condamné en novembre 2018 à 15 ans de prison pour trafic d’amphétamine dont l’appel a non seulement été rejeté, mais que la cour a renvoyé au tribunal pour un nouveau jugement. Compte tenu des actuelles tensions exacerbées entre Pékin et Ottawa que Pékin accuse d’être à la solde de Washington, Schellenberg risque la peine de mort.

Note(s) :

[1Officiellement revendiqués par les Qing en 1816 – mai aujourd’hui Pékin fait remonter son histoire dans l’archipel à la dynastie Han, 2 siècles av. JC -, les Paracel furent, en dépit des protestations de la Chine, administrés de 1885 à 1939 par la France coloniale occupant le Vietnam.

En 1935, la République de Chine de Tchang Kai-chek publiait une première version de sa ligne en 9 traits incluant les Paracel et les Spratlys. 4 ans plus tard, la marine japonaise délogea les Français. Revenus après la défaite japonaise ces derniers cédèrent l’archipel au Vietnam en 1950.

Présente depuis 1945 sur les îles de l’Amphitrite à l’ouest (du nom de la frégate française Amphitrite qui emportait vers la Chine des missionnaires Jésuites), la Chine de Tchang Kai-chek s’installa sur Woody Island en 1947 et, la même année, publiait la 2e version de sa ligne en 9 traits, plaçant l’archipel sous la juridiction de Hainan.

En 1974, en pleine guerre Vietnam, la Chine communiste s’emparait de force des îles du Croissant à l’ouest de l’archipel et de la totalité de l’archipel. La bataille qui dura du 16 au 19 janvier, impliquant 8 navires de guerre (4 vietnamiens et 4 chinois) et des avions d’attaque au sol chinois basés à Hainan, laissa officiellement – mais le bilan n’est pas fiable - 53 marins vietnamiens et 16 chinois tués.

Mais le 25 février 1992, Pékin publiait une nouvelle version de sa ligne de base en 9 traits en mer de Chine du sud et sa loi sur les eaux territoriales et les zones adjacentes par laquelle elle s’appropriait officiellement l’îlot Senkaku (130 nautiques au Nord-est de Taïwan, aussi revendiqué par le Japon), tous les archipels des Pratas (240 nautiques au Sud-est de Hong-Kong), des Paracel des Spratlys, et des Pescadores (ou Penhgu, 30 nautiques à l’ouest de Taïwan). Enfin, depuis 1976, arrière-plan explosif des actuelles querelles entre Hanoï et Pékin, la toute nouvelle République du Vietnam créée après la défaite américaine, réclame les Paracel et l’ensemble des Spratleys.


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