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›› Politique intérieure

Hong Kong : la défiance s’aggrave. A la détermination des émeutiers, Pékin répond par la menace militaire et suggère une fermeté inflexible

A la racine des troubles

En octobre 2015, la disparition de 5 journalistes kidnappés et retenus à Pékin avait provoqué une forte émotion à Hong Kong.


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Certes, la colonie britannique a été rétrocédée à Pékin en 1997, mais le principe « un pays deux systèmes » la protège en théorie de l’autoritarisme du pouvoir central.

Les Hongkongais jouissent de la liberté d’expression, d’une justice et de médias indépendants de l’exécutif, d’élections démocratiques, du droit de manifestation et de celui de se présenter librement aux suffrages des citoyens.

L’angoisse est que, selon les accords avec Londres, « un pays deux systèmes » prendra fin en 2047, dans seulement 28 ans. A cette date, c’est l’actuelle jeunesse politiquement très défiante à l’égard de Pékin qui sera aux affaires.

Autre inquiétude, Pékin a déjà exprimé une impatience normative et tenté quelques coups de canif dans les « deux systèmes » auxquels la rue a répliqué. La succession des tentatives d’empiètement et des réactions populaires jalonne l’effritement de la confiance entre la R.A.S et Pékin. Au-delà de la question de l’extradition et du rejet de Carie Lam, c’est bien ce déficit de confiance que le mouvement qui dure depuis plus de 7 semaines, exprime.

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En 2003, 500 000 personnes défilèrent dans les rues pour protester contre l’amendement de la Constitution de l’article 23 sur la sécurité nationale qui aurait permis de réprimer légalement toute critique du système chinois. En 2014, le mouvement « Occupy Central » avait bloqué le centre de Hong Kong pendant des semaines pour réclamer un mode de suffrage universel protégé de la supervision de Pékin.

Dans l’actuel système législatif, non seulement Pékin exige de filtrer les candidats en fonction de leur allégeance politique au Parti, mais encore la répartition hybride des circonscriptions entre celles représentant des territoires (40 des 70 sièges) et celles (30 sièges) représentant des catégories socio-professionnelles dont la grande majorité soutient Pékin, est vue par les démocrates comme une distorsion du suffrage direct.

Ce système fait que, si le projet d’extradition était mis aux voix au Legco, il serait probablement adopté en dépit du puissant rejet de l’opinion. Lire : Hong Kong : un suffrage universel aux « caractéristiques chinoises. ».

Enfin, depuis l’avènement de Xi Jinping, le Parti a utilisé des procédés de coercition dignes de pressions mafieuses qui eurent un effet répulsif sur l’opinion. En 2015, la machine politique avait, toute honte bue, fait enlever 5 libraires de Hong Kong qui vendaient des « magazine people » révélant la vie amoureuse cachée du Président. Même leurs familles ignoraient ce qu’ils étaient devenus.

L’un des libraires de nationalité suédoise, mais Chinois d’origine avait été contraint de se livrer à un exercice de repentance forcée à la télévision d’État - dans le plus pur style de la révolution culturelle - qui en dit long sur la manière dont le Parti voit la « Chine dans le monde » et combien il rejette toute influence occidentale :

« Même si je suis Suédois, je me sens toujours authentiquement Chinois et mes racines sont toujours en Chine. C’est pourquoi j’espère que les autorités suédoises respecteront mon choix, mes droits et ma vie privée et me laisseront résoudre moi-même mes problèmes »

Lire : Hong – Kong sous influence.

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Enfin, s’il est vrai que les manifestations ne sont pas les premières, beaucoup d’analystes disent que cette fois elles sont différentes. On y voit des avocats, des hommes politiques et des juristes appuyant la jeunesse née après la rétrocession qui, très inquiète de l’avenir, constitue la partie la plus vive du mouvement.

L’analyse qui précède montre que la solution répressive aujourd’hui brandie par Pékin sera insuffisante. Tout comme les perspectives d’intégration de la R.A.S au projet de la « Grande baie » (lire : Hong-Kong à l’aune des « caractéristiques chinoises ».) pourraient n’apparaître que comme un palliatif matérialiste à la quête de liberté insufflée par les « deux systèmes ».

Une impossible remise en question. Le danger du tout répressif.

Groupes en polo blanc suspectés d’être des membres des triades qui, dans la nuit du 21 au 22 juillet, avaient attaqué des manifestants dans le quartier de Yuen Long dans les Nouveaux Territoires. Lors de ces affrontements, plus de 45 personnes avaient été blessées, dont une très sévèrement. La manipulation de nervis issus des Triades, si elle est avérée, montre que Pékin est prêt à tous les expédients pour faire cesser les désordres, sans se poser - du moins officiellement -, la question de solutions alternatives permettant de relâcher les tensions.


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Le 29 juillet Chris Buckley et Austin Ramzy évoquaient cette question dans le New-York Times, en soulignant qu’à ce jour les réactions de Pékin semblaient laisser entendre que la crise n’était due qu’aux interférences extérieures ou aux tensions socio-économiques qu’il appartenait à Carie Lam de régler. En aucun cas les différentes prises de position officielles laissèrent entendre que les effervescences pouvaient avoir été provoquées par la manière trop intrusive et impatiente de Pékin.

Si on en croit un éditorial de l’édition internationale du Quotidien du Peuple du 29 juillet dernier, aujourd’hui corseté dans un nationalisme d’autant plus rigide qu’il est humilié par les récentes agressions contre les symboles de souveraineté, le sérail politique chinois, n’est pas disposé à plus de souplesse.

Après avoir indiqué dans le titre que la police ne peut plus se comporter comme « une gentille nounou 香港警察执法不能再“温柔如保姆”! », la conclusion était sans équivoque : « face à une telle situation il n’y a pas d’hésitation à avoir, ni à s’embarrasser de considérations psychologiques. Que les manifestants soient affublés du chapeau de liberté et de la démocratie ne change rien, la réaction du gouvernement et de la police doit rester conforme à la loi. »


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