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›› Editorial

Le grand chassé-croisé sino-américain en Asie. Un apaisement en demi-teinte

Sous la surface, les ferments des tensions.

Une partie des tensions rémanentes entre Washington et Pékin est due à la puissance des déploiements américains autour de la Chine.


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Partout, les braises des désaccords, continuent à brûler sous la surface. Qu’il s’agisse de la persistance du déficit américain à près de 400 Mds de $ par an, depuis septembre en hausse de 6% pour les produits et de 9% pour les services, ou des déceptions commerciales qui viendront après les « annonces miraculeuses » dont certaines comme les commandes de Boeing ou les promesses d’investissements bilatéraux n’étaient que le recyclage d’anciens accords.

Le contexte de fond d’une absence de réciprocité dans la relation n’a pas disparu. Il est marqué par le chantage aux transferts de technologies en échange d’un accès au marché, par l’ouverture insuffisante aux exportations d’automobiles encore taxées à 25% et par les restrictions aux investissements toujours sévèrement contrôlés dans les secteurs des finances, des télécom, des médias sociaux et des transports.

Au-delà des acclamations diplomatiques, ce déséquilibre recèle un fort potentiel de discorde. De même, le système américain de séparation des pouvoirs où le Congrès, exprimant une indépendance totale par rapport à l’exécutif, à mille lieues des alignements sans réserve des assemblées chinoises, produit régulièrement des brûlots très critiques de la Chine.

Le dernier en date ayant suscité une réaction chinoise enflammée publiée le 16 novembre par le Global Times qui s’offusquait de son « hostilité » anti-chinoise et réclamait une « riposte », était un rapport de 600 pages de la Commission d’examen de la sécurité des relations économiques sino-américaines dont les propositions agitaient plusieurs « chiffons rouges » sous le nez du nationalisme chinois.

Le document ouvert au public proposait en effet d’inviter des observateurs taïwanais à participer à des exercices de l’US Navy et de remettre à l’honneur le « Hong Kong Policy Act » voté par le Congrès en 1992, autorisant les États-Unis à continuer à commercer avec Hong-Kong de manière séparée de la Chine même après la rétrocession.

Pour faire bonne mesure, le rapport suggérait de classer les journalistes des médias officiels chinois opérant aux États-Unis dans la catégorie des « agents de l’étranger ».

A l’étage stratégique, une nouvelle inquiétude chinoise se fait jour, après l’émergence du concept de « zone indopacifique » plusieurs fois utilisé par D. Trump lors de son voyage. Ajouté aux promesses de la Maison Blanche de s’attaquer aux pratiques commerciales chinoises contrevenant au marché, la cristallisation d’un front de 3 pays démocratiques asiatiques – Japon, Australie – Inde - réunis autour de Washington à Manille, et largement commentée par les médias indiens, jette de l’huile sur le feu de la discorde entre Pékin et New-Delhi.

Surtout, mettant l’accent sur solidarité démocratique de Tokyo, Canberra, New-Delhi et Washington dont Pékin est exclu, elle relance indirectement les critiques politiques contre le système rigidifié et censuré chinois que Trump avait soigneusement évitées à Pékin, Danang et Manille.

Les arrières pensées de la manœuvre opposent un sérieux contrepoint à la pensée des « caractéristiques chinoises » épine dorsale idéologique du 19e Congrès, qui au nom de la culture et de l’histoire et contre le droit occidental, justifient la revendication de Pékin sur toute la mer de Chine du Sud et le retour de Taïwan au Continent, quels que soient les résultats des scrutins démocratique dans l’Île. Pour l’heure il est légitime et prudent de considérer qu’aucun effort d’apaisement n’éteindra ces deux puissants foyers de discorde.

Fragilité du rapprochement sino-japonais.

Pour le reste des « apaisements » identifiés lors de ce chassé-croisé d’une semaine au pas de course en Asie de l’est et du sud-est, le passé incite également à les considérer avec circonspection.

Le rapprochement entre Tokyo et Pékin reste handicapé par de lourds contentieux psychologiques et historiques que Question Chine avait analysés il y a 10 ans à la veille de la visite du premier ministre Wen Jiabao à Tokyo.

Trois ans plus tard, l’embellie de la relation qui venait elle-même après une puissante campagne antijaponaise orchestrée par le Bureau Politique destinée à discréditer le candidature de Tokyo comme membre permanent du Conseil de sécurité exprimée par le Premier Ministre Koizumi dans un discours à l’ONU 16 septembre 2005, était à nouveau obscurcie par la collision d’un garde-côte japonais avec un chalutier chinois dont le capitaine avait été incarcéré au Japon.

Aujourd’hui, en lisant la prudence des médias chinois, on prend conscience que les obstacles sont toujours là. Le 16 novembre, un article du Global Times, reconnaissait la bonne volonté réciproque exprimée en paroles. En même temps, il soulignait que le déficit de confiance continuait à plomber la relation.

Constatant que ni Tokyo ni Pékin n’était prêt à faire la moindre concession sur les épineuses questions de souveraineté en mer de Chine de l’Est, il accusait même Tokyo de duplicité pour avoir participé à la rencontre quadripartite des démocraties asiatiques à Manille.

La souplesse stratégique de Hanoi.

Quant au rapprochement entre Pékin et Hanoi, il reste tributaire du jeu d’équilibre vietnamien où chaque avancée en direction de Pékin est systématiquement accompagnée d’un pas vers Washington. Au cours du sommet de l’APEC, illustrant à la fois son caractère rétif et son pragmatisme nationaliste, le régime vietnamien signa deux importantes déclarations.

L’une avec Pékin, coulée dans les préoccupations chinoises, rappelait la reconnaissance de la « politique d’une seule Chine » et l’opposition de Hanoi à « toute forme de séparatisme ». Elle appuyait sans réserve les « nouvelles routes de la soie » et les coopérations bilatérales pour des projets d’infrastructure, de restructuration industrielles et d’investissements.

Se référant à l’histoire, le communiqué renvoyait à la proximité idéologique entre Mao et Ho Chi Minh et, dans l’esprit « d’une amitié historique », promettait de « gérer les disputes maritimes » par le truchement de coopérations navales destinées à préserver la paix et la stabilité en mer de Chine du sud.

L’autre communiqué signé avec les États-Unis, réaffirmait le resserrement du « partenariat global » comprenant des lettres d’intention commerciales évaluées à 12 Mds de $ – dont la possibilité d’importer du gaz liquéfié américain -, assortie des assurances de Washington de préserver la liberté de navigation en mer de Chine du sud. A cet égard, en contraste avec les bonnes paroles concédées à Pékin, la déclaration visait explicitement les prétentions de la Chine. Sans la nommer, elle appelait les acteurs de la zone « à clarifier leurs prétentions en respectant la convention de 1982 sur les lois de la mer et à s’y conformer de bonne foi pour résoudre les querelles de souveraineté ».

Pyongyang et Mer de Chine. Ambiguïtés chinoises.

A gauche Song Tao, chef du Bureau des relations internationales du Parti a effectué une mission à Pyongyang le 17 novembre dont sur laquelle Pékin n’a pas donné de détails.


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Sur le fond des querelles en mer de Chine du sud, les bonnes volontés exprimées à Manille à propos des négociations sur le Code de conduite cachent en réalité le potentiel de déstabilisation contenu dans l’exorbitante revendication chinoise sur tout l’espace marin vaste comme la Méditerranée compris entre le sud de la Chine et les détroits indonésiens.

Articulée à l’histoire et la culture, elle réfute le Droit de la mer et les réclamations des autres riverains que sont le Vietnam, les Philippines, la Malaisie, Brunei et Taïwan.

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Sur la question coréenne enfin, à propos de laquelle tous les participants aux sommets ont unanimement exprimé leurs préoccupations, continue à planer l’incertitude sur la volonté de la Chine à aller au bout des sanctions contre Pyongyang.

S’il est vrai qu’à Pékin la dénucléarisation a migré vers le haut des priorités chinoises et que, récemment, le régime chinois a augmenté ses pressions contre son voisin, tandis que les relations avec le dernier rejeton de la famille Kim se sont sensiblement refroidies, Pékin et Washington divergent sur la méthode.

Craignant par dessus tout le chaos d’un conflit militaire qui rebattrait les vieilles cartes d’une situation enkystée depuis plus de 60 ans, mesurant aussi à quel point les démonstrations de force américaines exercent sur elle une pression la mettant au défi d’agir plus contre Pyongyang, Pékin condamne les « bruits de ferraille » de l’alliance et se replie sur la position mise sur la table depuis le printemps dernier, également prônée par Moscou du « double gel » : celui des programmes nucléaire et balistique nord-coréens, à quoi répondrait, en signe de bonne volonté, un moratoire sur les manœuvres militaires des forces conjointes réunissant plusieurs fois par an des unités sud-coréennes et américaines pour des manœuvres sur la péninsule.

Dans un contexte général où le commerce bilatéral entre la Chine et la Corée du nord n’a cessé d’augmenter jusqu’en 2014, avec un premier freinage en 2015, suivi d’un rebond en 2016, Pékin qui affirme vouloir augmenter ses pressions, sans cependant prendre le risque de provoquer un effondrement du régime a, le 17 novembre, pour la première fois depuis 2015 envoyé un émissaire à Pyongyang.

Mais, fidèle à sa stratégie du secret, le Politburo n’a rien laissé filtré des buts de la mission de Song Tao, chef du Bureau des relations internationales du Parti, officiellement en charge de rendre compte au régime nord-coréen - « une routine » dit le porte parole - du déroulement du 19e Congrès du Parti.

Il reste que la reprise des contacts pourrait être une infime indication que les choses ont évolué. Mais les chercheurs chinois eux-mêmes divergent sur l’appréciation de l’événement. Si Cheng Xiaohe de Renmin estime que Song Tao est porteur d’un message sur la nécessité de négocier la dénucléarisation, d’autres comme Yang Xiyu, ancien participant au dialogue à 6, croient que Kim Jong-un commencera par monter les enchères en effectuant un nouveau test balistique ou nucléaire.

En toutes hypothèses, la reprise des contacts avec Pyongyang aura à tout le moins eu l’avantage de procurer à Pékin des informations officielles sur son voisin.

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En haussant l’analyse d’un étage et en faisant preuve d’une bonne dose d’optimisme sur la capacité des hommes à cesser d’attiser les braises d’incendies pouvant les détruire, peut-être pourrait on considérer que les risques réels posés par la Corée du nord seront le ferment d’une solidarité régionale qui, consciente des dangers planétaires de la prolifération, dépasserait les faux semblants tactiques, les querelles de voisinage et le choc des cultures. Hélas, rien n’est moins sûr.


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