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›› Editorial

Le grand chassé-croisé sino-américain en Asie. Un apaisement en demi-teinte

Apaisement avec Tokyo et Hanoi.

Célébrant la mémoire révolutionnaire commune, Xi Jinping avec le secrétaire général du PC vietnamien Nguyen Phu Trong, sous le buste de Ho Chi Minh, le 12 novembre 2017.


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Avec Shinzo Abe que Xi Jinping a rencontré à Danang, l’alignement des étoiles était tout aussi favorable. S’il est vrai que les sommets de l’APEC favorisent toujours ce type de contact en marge où les médias voient un réchauffement des relations qui ne se réalise jamais, cette fois, la rencontre a débouché sur l’accord des deux pour la reprise à Tokyo, dans le cadre du 40Ie anniversaire du traité d’amitié en 2018, du sommet trilatéral Chine – Japon - Corée du sud en panne depuis 2015, à quoi s’ajouta la proposition du Japonais de venir en visite en Chine dès que possible et d’accueillir Xi Jinping au Japon.

Sur la question coréenne les deux ont, à la demande de Shinzo Abe, affirmé la nécessité d’augmenter la pression sur Pyongyang. Ce qui, au passage, montre à quel point le souci de « tourner la page pour un nouveau départ » - commentaire du Japonais cautionné par Xi Jinping – conduit à adapter le discours à l’interlocuteur.

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Le jeu croisé de la séduction fut encore plus manifeste à Hanoi où, après le sommet de l’APEC à Danang, Xi Jinping marcha littéralement dans les pas de D. Trump, le 12 novembre pour être reçu, comme lui en visite d’État.

Conscient qu’il s’aventurait en terrain miné par les lourdes controverses de souveraineté en mer de Chine du sud autour des Paracel et des Spratly qui, il y a seulement trois ans, provoquèrent une violente réaction nationaliste antichinoise, Xi jinping avait fait précéder sa visite d’un article ponctué de passages chaleureux mâtinés de poésie exaltée, intitulé « Pour une nouvelle vision de l’amitié sino-vietnamienne » publié dans le « Nhân Dân » (en Français « Le Peuple »), organe officiel du Parti communiste vietnamien.

Avant d’aborder le cœur des controverses de souveraineté que les efforts de Pékin n’ont pas réussi à apaiser complètement (lire notre article : Les éclaircies stratégiques de la Chine.), le lyrisme du président chinois a rappelé « la fraternité historique des luttes communistes pour la libération » de leurs deux pays - « voisins connectés par des montagnes et des rivières 山河相连的邻居 » - expression toute faite également utilisée à propos de la Russie ou, dans un passé pas si lointain, de la Corée du Nord,- et souligné la similitude de leurs démarches réformistes « adaptant le communisme aux réalités du temps ».

Puis, traçant une perspective sacrifiant aux dogmes de la dialectique marxiste il a rappelé que leur but commun était « la création d’un pays industriel puissant, moderne, prospère et démocratique ». Puisant dans le réservoir infini des anciennes maximes vietnamiennes et chinoises, il a exhorté ses voisins, toujours méfiants et rétifs, à ne pas « abandonner leurs rames quand montent les vagues » et souligné que « l’adversité rend plus fort, tout comme le polissage fait briller le jade ».

Après quoi, il a déroulé un liste d’impératifs autour desquels la nouvelle relation bilatérale entre Hanoi et Pékin devait s’articuler, depuis la confiance stratégique jusqu’à la coopération sur des projets agricoles, l’aménagement de la vallée du Mékong, l’éducation et la culture, en passant par l’engagement commun dans le projet des « nouvelles routes de la soie » et l’approfondissement des relations entre les peuples et les deux partis politiques.

Abordant le cœur des controverses maritimes à l’origine des effervescences du printemps 2014, il a exhorté les dirigeants vietnamiens à travailler de conserve avec la Chine pour l’établissement d’un « Code de conduite » capable de « préserver la stabilité en mer de Chine du sud ». A cet égard, la vérité oblige à dire que les pourparlers avancent très lentement, prenant pour base la « déclaration sur le Code de Conduite » signée à Phnom-Penh le 4 novembre 2002, qui exhortait à « la mesure, à la compréhension réciproque et excluait les provocations et l’usage de la force. »

La déclaration plusieurs fois violée par des initiatives de Pékin, définissait 5 secteurs de coopération (protection de l’environnement, recherche sous-marine, sécurité des lignes de communication et liberté de navigation, secours en mer, lutte contre le crime organisé, la piraterie et les trafics en tous genres).

A ce sujet, lire l’un des exemples les plus flagrants des provocations de la marine chinoise projetée au printemps 2013 à plus de 800 nautiques de ses côtes, largement à l’intérieur de la ZEE malaisienne par un exercice officiellement présenté comme un entraînement de routine, mais que tous les voisins éclairés par l’attitude des marins chinois ont identifié comme l’occupation de force du récif de James Shoal situé à 50 nautiques des côtes malaisiennes : Vacuité diplomatique et crispations militaires dans le Pacifique occidental.

Un an plus tard, c’est le mouvement dans les parages des îles Paracel revendiquées par Hanoi et clairement à l’intérieur de la ZEE vietnamienne, de la plateforme pétrolière Haiyang Shiyou 981 de China National Offshore Oil Corporation (CNOOC), le n°1 chinois de l’exploration en mer, qui mit le feu aux émotions nationalistes vietnamiennes que le Président Xi Jinping tente aujourd’hui de calmer.


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