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Le théâtre d’ombres de la 75e Assemblée Générale des NU. Mensonges et durcissement militaire. L’Europe en désarroi

Postures et échanges agressifs.

S’exprimant par vidéo-conférence, Trump et Xi Jinping se sont placés dans une posture de confrontation où ils n’ont pas retenu leurs coups. Le président américain accusa la Chine d’avoir laissé se propager le virus alors que Xi Jinping, adoptant la posture pas toujours vérifiée dans les faits d’un pays ouvert à la coopération internationale, reprocha à Trump de ne pas se comporter en « grande puissance responsable ». L’échange a marqué l’inversion des discours par rapport à ceux d’il y a 20 ans quand Washington reprochait à Pékin de ne pas se comporter en responsable global.


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Au-delà de l’évidente intention de l’un et de l’autre de se parer des plumes les plus flatteuses, Xi en vainqueur du virus et champion du multilatéralisme et D. Trump en acteur de la paix au moyen Orient ayant favorisé le rapprochement Israël - Bahreïn - Émirats, les discours de D. Trump et de Xi Jinping ont d’abord lancé, sans retenir leurs coups, une série de sévères attaques réciproques.

Sans surprise, ils ont ensuite affiché une profonde divergence dans la manière de considérer les Nations Unies et leurs agences que Pékin place au cœur de la coopération internationale, quand Washington le méprise en les accusant d’être inféodées à la Chine.

L’influence de Pékin sur l’OMS est connue et documentée, QC l’avait mise en perspective, à partir d’un article de François Godement (lire : L’influence du parti communiste chinois sur l’OMS.). D’autres agences subissent l’empreinte chinoise allant globalement dans le sens d’une orientation privilégiant les intérêts des acteurs autocrates.

Des Chinois sont à la tête ou non loin des commandes de l’Aviation Civile (Fang Liu), de la FAO (Qu Dongyu), de l’Union Internationale des Télécom d’où Zhao Houlin a favorisé les projets 5G de Huawei, du Département des NU pour les affaires économiques et sociales (Liu Zhenmin, ancien vice-ministre des AE, à la tête des projets phares de développement, de lutte contre les inégalités et le réchauffement climatique.

Cette fois, les échanges peu amènes surgirent dans une situation bilatérale crispée par l’agressivité chinoise en mer de Chine du sud, la loi sur la sécurité nationale à Hong Kong, les attaques occidentales contre la politique de Pékin au Xinjiang, lire : Controverses globales autour du traitement des Ouïghour. Pékin rallie un soutien hétéroclite et brouille la solidarité des musulmans., le rapprochement entre Taïwan et Washington marqué par des visites officielles à Taipei d’un niveau inédit et les incursions de l’aviation de chasse chinoise à proximité de l’espace aérien de l’Île.

A 42 jours de l’élection présidentielles, D. Trump, réaffirmant son slogan « America First », de restauration de la puissance des États-Unis, a, sans ambages, férocement accusé la Chine de maltraiter son peuple et d’avoir laissé le virus se propager dans le monde.

Critiquant au passage ses mauvaises performances en matière de protection de l’environnement, il a appelé la communauté internationale à « demander des comptes à Pékin pour le virus chinois ».

Renversant un reproche qu’il n’y a pas si longtemps, Washington adressait à Pékin, Xi Jinping a répondu que les « grandes nations » devaient se comporter de manière responsable et a mis en garde Trump contre la tentation de politiser la pandémie.

Stigmatisant son repli et son agressivité, il a accusé l’Amérique de « s’enfouir la tête dans le sable comme les autruches » et de « s’engager tel Don Quichotte dans le combat perdu d’avance contre la globalisation et le cours de l’histoire. »

Surtout, il faut relever l’importante contradiction stratégique de la Chine, d’un discours international édifiant quand en même temps son positionnement global se militarise à l’image de celui des États-Unis qu’elle critique.

Alors que Xi Jinping s’est posé en parangon du dialogue et de la paix, Pékin, tournant le dos à l’ancienne prudence de Deng Xiaoping qui, dans les années 90, prônait le profil bas stratégique par sa célèbre formule – 韬光养晦 cachez vos “brillances“ et cultivez l’ombre » a, imitant les États-Unis, développé un important réseau de bases militaires.

Celles-ci, officielles ou détectées par satellites sont visibles en mer de Chine du sud, à Gwadar au Pakistan et à Djibouti.

La dernière indication de l’élargissement potentiel de la trace militaire chinoise dans le monde renvoie à l’Iran.

La récente hypothèse selon laquelle, dans le cadre du vaste rapprochement économique entre Téhéran et Pékin, l’Iran accorderait des facilités portuaires à la marine militaire chinoise à Bandar-é-Jask, au débouché du golfe persique, à 400 nautiques à l’est du commandement de la 5e flotte américaine basé à Bahreïn, rapproche la situation stratégique globale d’un face-à-face militaire planétaire, entre des alliances qui ne disent pas leur nom.

Lire : La Chine peut-elle contourner l’Amérique par l’Iran ?.

L’image se durcit si on songe qu’au-delà de la Chine, Téhéran entretient d’étroites relations militaires avec Moscou.

La Russie en embuscade.

La photo montre Vladimir Poutine en plein opportunisme diplomatique de contrepoids aux États-Unis et à l’Otan, le 22 novembre 2017 à Sochi, entre à gauche le président turc Recep Tayyip Erdogan, membre de l’OTAN et le président iranien Rouhani, redevenu l’ennemi n°1 des États-Unis qui six mois plus tard, le 8 mai 2018, allaient se retirer de l’accord global (Joint Comprehensive Plan of Action – JCPOA - conclu sous Obama en 2015.


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Depuis 2011, année du déclenchement de la guerre civile syrienne, l’Iran et la Russie sont en effet les principaux alliés de Damas à qui ils apportent ouvertement leur soutien militaire. La position russe tournant clairement le dos aux Occidentaux et à l’OTAN s’est affirmée après la crise ukrainienne et les révélations autour de l’empoisonnement au neurotoxique de l’ancien agent de renseignement devenu un espion britannique Sergueï Skripal et de sa fille Ioula, en Grande Bretagne en 2018.

Après l’accord occidental JCPOA avec Téhéran, dénoncé par Washington, Vladimir Poutine a riposté en 2016 en autorisant la vente à l’Iran – la livraison a été achevée en novembre 2016 – de missiles antiaériens S.300, prélude à un accord plus vaste pour des hélicoptères, des avions de combat, des chars et des systèmes d’artillerie, d’une valeur totale estimée à 10 Mds de $.

Rappelons aussi que, depuis l’été 2016, Moscou, également engagé dans une coopération avec Damas pour la réforme des armées syriennes, effectue des raids de bombardements sur le théâtre syrien à partir de la base aérienne d’Hamadan en Iran. Ce n’était pas nouveau. L’aide russe à la Syrie s’est accentuée à mesure que les États-Unis et leurs alliés de l’OTAN réclamaient le départ de Bashar El Assad.

Enfin, marquant le premier aboutissement du rapprochement de trois pays autocrates tous animés par la détestation des États-Unis, en décembre 2019, eut lieu dans l’Océan indien une manœuvre navale regroupant des bâtiments de guerre russe, iranien et chinois.

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Face au théâtre d’ombres des mensonges et des postures de cette 75e Assemblée Générale aux allures fantomatiques, le désarroi des membres confrontés à l’absence de leadership était palpable.

Dans son discours, le président chilien Sebastian Pinera résumait la situation : « Au lieu de s’affronter, et d’installer un très alarmant vide stratégique, les grandes puissances devraient être à l’avant-garde de la lutte contre la pandémie mondiale et contre la récession qu’elle a provoquée. ».

Le Secrétaire Général Antonio Gutteres relevait que l’ordre multilatéral dont il avait la charge, était aujourd’hui confronté à une avalanche de défis de nature globale et à un grave déficit de solutions communes.

Quant au Président français, il évoquait le risque que le monde soit pris en otage par la rivalité sino-américaine. Constatant l’effondrement des structures de coopération, il appelait les pays européens à prendre toute leur part dans la reconstruction d’un nouvel ordre global.

Mais, ce qui précède montre que le désordre stratégique et les tensions ne se résument pas à la rivalité sino-américaine. Avec le rapprochement Chine – Iran – Russie ce qui se trame est une alliance des autocrates contre l’Occident au moment même où celui-ci cherche ses marques, à la remorque de Washington hanté par la perte de son magistère mondial.

L’Europe divisée, moralement affaiblie, aux prises avec de graves problèmes internes allant des menaces de forte récession économique à la remise en cause de son équilibre démographique et culturel saura t-elle relever ce défi ? C’est un sujet.

Le dernier livre de François Heisbourg « Le temps des prédateurs, la Chine, les États-Unis, la Russie et nous », Odile Jacob, avril 2020, s’achève par une vision apocalyptique de politique fiction mettant en scène en 2042 la domination de l’Europe et de la France par la Chine, sa culture et son système politique autocrate de contrôle des populations.

Une revanche éclatante sur l’Occident, dit-il, deux siècles après les traités inégaux.

Pas si vite. Il suffit de lire « Le Journal de Fang Fang » (Le Journal de Fang Fang. Documentaire et brûlot politique) ; récemment paru chez Stock pour se convaincre que l’avenir de la Chine pourrait ne pas être « un long fleuve tranquille ».


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