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Ma Ying-jeou réélu pour 4 ans

Pékin et Washington, à la fois soulagés et préoccupés

Pour l’heure l’ambiance est au soulagement à Pékin comme à Washington. Mais en Chine comme aux Etats-Unis on s’inquiète de la suite des événements.

Le 15 janvier, Xinhua estimait que « le vote confirmait la pertinence du rapprochement dans le Détroit, ouvrant des perspectives nouvelles pour le développement des relations ».

Si l’agressivité du milieu des années 90 a été mise sous le boisseau, la nervosité n’a pas disparu. La satisfaction de l’agence officielle chinoise était en effet assortie d’une mise en garde, dessinant une inconnue politique : « les deux rives doivent garder en mémoire que le mouvement indépendantiste continuera à peser sur la relation (…) S’il est vrai que le DPP a, sous la présidence de Tsai Ying Wen, réduit ses revendications d’indépendance, c’est encore son refus de reconnaître le consensus de 1992 et son insistance pour des relations d’état à état qui lui a fait perdre les élections ».

L’inconnue politique se double des incertitudes liées au changement de direction en Chine. Personne n’est aujourd’hui en mesure d’imaginer le moment et la nature des pressions que Xi Jinping et son équipe exerceront sur Ma pour le contraindre à négocier les questions de souveraineté. Il est également difficile de dire si la nouvelle direction politique de la Chine, qui observe avec attention l’intérêt que les internautes chinois ont témoigné au scrutin démocratique, réussira à dégager un consensus sur la nature de la prochaine étape. Sachant que le réalisme lui commande – sauf à réduire à néant les acquis des 4 dernières années - d’accepter que la perspective de la réunification soit encore un objectif très éloigné.

Mais si, en Chine, les nationalistes impatients triomphaient, l’augmentation des pressions politiques de Pékin placerait Ma Ying Jeou en situation difficile, dans un contexte où, à Taïwan, la moindre concession sur la souveraineté de l’Ile compromettrait les chances du KMT dans les élections à venir. Il est donc probable que Ma, placé sous la vigilance des électeurs, se montrera inflexible sur le sujet des menaces militaires de Pékin et de ses déploiements de missiles, dont il réclame le démantèlement comme préalable à toute négociation de paix.

Selon Wang Yeh-li, président du département de sciences politiques de l’Université Nationale, alors que « l’affaiblissement électoral de Ma signale que de nombreux Taïwanais doutent de ses capacités à diriger l’Ile, il est probable qu’à l’avenir le président réélu durcira son discours sur les questions de souveraineté ».

Reste enfin la position américaine, avec une Maison Blanche à la fois rassurée que l’élection ait écarté le spectre de nouvelles tensions dans le Détroit, mais de plus en plus en perplexe sur son rôle en cas de crise grave, dont la perspective se rapprochera à mesure que la Direction chinoise, qui augmente ses capacités militaires, pèsera sur Taipei.

Ayant, dans les années 80 favorisé l’éclosion démocratique à Taïwan, Washington est aujourd’hui confronté au dilemme posé par l’émancipation de l’Ile, que Pékin juge insupportable. L’hystérie nationaliste va jusqu’à menacer de déclencher une guerre si d’aventure un parti politique taïwanais osait déclarer l’indépendance.

Pour l’administration américaine, l’exercice est compliqué.

Il consiste d’une part à ne pas renier ses convictions démocratiques, liées à l’image d’elle-même qu’elle tente de véhiculer dans le monde et en Asie, et d’autre part à éviter un affrontement direct avec Pékin avec qui elle s’applique – relations économiques, commerciales et stratégiques obligent -, à entretenir des relations apaisées, en dépit d’infinis malentendus, querelles et tensions graves, ponctués de ruptures et d’embellies, presqu’aussitôt remises en cause, dans un contexte de rivalités globales de plus en plus marquées.

Le casse-tête de ce choix impossible est un des fonds de tableau les plus épineux de la politique américaine en Asie.

Il pèse sur toute la classe politique, quelle soit républicaine ou démocrate. Pour l’heure, les solutions se nourrissent d’expédients et de non dits, enfermés dans une obsession, présente à Washington comme à Taipei – du moins pour la majorité de la population - : préserver le statuquo, qui, chacun le sait, est un non sens stratégique. Singulièrement dans les relations dans le Détroit, où tout indique que tôt ou tard la stabilité sera mise à rude épreuve par les deux nationalismes contraires de la réunification et de l’indépendance.


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