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Chapitre IV
Xiao Wang s’empressa de porter délicatement la boîte à son grincheux destinataire.
Isaac Dupalet n’en croyait pas ses yeux... C’était bien son téléphone offert sur un présentoir. Le répertoire était-il intact ? Il s’empara fébrilement de la boîte à chaussures tandis que Xiao Wang refermait la porte pour regagner son siège...
Il avait à peine contourné, par l’arrière, son véhicule qu’une sourde explosion secoua la 607, maculant instantanément de blanc, les vitres de la voiture... Stoppé dans son élan, il ouvrit la porte arrière gauche, pour constater l’étendue des dégâts et s’assurer de la survie de son passager...
Isaac Dupalet d’Estée avait l’air d’une omelette norvégienne... Le dispositif avait été ingénieusement calculé pour un encrèmage maximum. Son beau costume en pure laine d’été infroissable était recouvert de plaques de crème un peu plus beige que son écharpe de soie et son visage dégoulinait de chantilly. Dupalet, encore sous le choc, restait figé comme une statue de plâtre, n’osant esquisser le moindre geste, à la manière des corps momifiés retrouvés dans les cendres de Pompéi...
Xiao Wang sortit son mouchoir pour essuyer les yeux de son passager. Les paupières bougeaient encore, c’était plutôt bon signe...
- J’en ai plein le cul de ce pays de merde ! Hurla Isaac avant de s’effondrer en sanglots dans sa crème, le boîtier vide de son téléphone à la main... Ces chiens ne lui avaient même pas rendu son répertoire...
J’avais reposé la déposition de ce malheureux chauffeur. Cette dernière relecture ne m’apprenait rien de plus. Nos entarteurs s’étaient vraisemblablement trompés de cible en visant une nouvelle fois ce malheureux Dupalet à la place de Jacques Hobedeux... Mais conformément à leur objectif, ils avaient bel et bien entartré un ambassadeur, et ce malgré notre vigilance et l’énorme dispositif sécuritaire mis en place autour de l’ambassade et de son personnel...
J’attendais l’arrivée du général. Une réunion était prévue pour le courant de la matinée. Je commençais à en avoir plus qu’assez de consulter pour la énième fois les mêmes documents... Nous avions déjà fait mille fois le tour de la communauté française mais nos entarteurs demeuraient introuvables. J’avais la nuque raide et les yeux fatigués à force de fixer les mêmes photos, de recouper chaque déposition...

