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›› Chronique

Retour sur la situation au Xinjiang

Les efforts de développement ne réduisent pas le talon d’Achille de la fracture culturelle.

Il reste que pour Pékin subsiste une fragilité de taille. L’incompréhension et les rancœurs culturelles entre les Han agnostiques de plus en plus nombreux - plus de 40% des habitants de la province, contre 8% en 1949 -, maîtres des pans les plus modernes de l’économie et de l’exploitation des ressources - pétrole, charbon, énergie éolienne - et les Ouïghours, dont le rapport au temps, à la religion, à la société et à l’entreprise est radicalement différent.

Les fractures pèsent toujours sur l’équilibre social et politique. Elles restent béantes en dépit des efforts de développement et d’intégration consentis par le pouvoir central en échange d’une allégeance des élites ouïghours.

Elles sont encore avivées par les maladresses et les désinvoltures récurrentes de l’administration chinoise locale et de la police qui n’hésite pas à ouvrir le feu sur les manifestants ou, selon Amnesty International, à exécuter sommairement des prisonniers sans jugement et à persécuter les familles de suspects en fuite.

En mai 2010 le Bureau Politique a doté la stratégie de développempent du Xinjiang de l’équivalent de 200 Mds d’€ de fonds publics pour le 12e plan quinquennal, affectés essentiellement à l’administration, aux services publics, à l’éducation, à la santé, à l’agriculture et aux infrastructures.

Une proportion grandissante de Ouïghours bénéficie de ces efforts. 20% des nouvelles générations jouent en effet la carte de l’intégration, fréquentent les universités hors de la province et prennent leur distance avec les modes de vie traditionnels.

Même s’ils n’adhèrent pas complètement au message progressiste du Parti et regrettent l’absence de libertés politiques, ils se méfient aussi du radicalisme islamique.
Comme les Hui, musulmans modérés non turcophones, ils sont opposés à une improbable indépendance qui, disent-il, ferait reculer la société vers un obscurantisme religieux.

Mais le fait est que la stratégie de développement qui a réussi à hisser le PNB par habitant d’Urumqi à 50% de celui de Shanghai et au double d’Almaty, de l’autre côté de la frontière kazakhe, laisse encore sur le carreau près de 8 millions de Ouïghours, qui parlent mal le Chinois, se sentent méprisés par les Han et restent en marge de la croissance, dont les fruits sont mal redistribués.

Une masse de population qui ne fait certes pas une majorité, mais constitue un terreau fertile, nourri de frustrations, moteur des révoltes récurrentes et, éventuellement, réceptif aux thèses subversives.

Sa capacité de nuisance serait dangereusement multipliée si la pratique des attentats suicides parvenait à faire des émules dans la province. Pékin en a bien conscience.

C’est la raison pour laquelle le Régime développe depuis 15 ans des relations suivies avec l’Asie Centrale par le biais de l’Organisation de Coopération de Shanghai, non seulement pour ses approvisionnements en hydrocarbures, mais également pour le contrôle avec Moscou et les états membres des mouvances terroristes présentes dans la région.

Avec l’Afghanistan, autre foyer sensible de la mouvance terroriste internationale, Pékin n’a cessé de cultiver ses liens politiques et économiques, y compris avec les Talibans après leur prise de pouvoir en 1996.

Après une éclipse à la suite du 11 septembre 2001, les relations ont repris de plus belle dès 2006, au point que, dans l’Hindou-Kouch, les intérêts chinois, également appuyés par Islamabad, paraissent aujourd’hui habilement balisés quelles que soient les hypothèses de l’après ISAF.

Il est clair qu’une des raisons de l’activisme tous azimuts de Pékin dans la zone renvoie à la volonté du Régime de tenir à distance le radicalisme islamique.


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