›› Taiwan
Une souveraineté accréditée par l’ONU et l’Amérique.
Pour s’autoriser à bousculer à ce point le statuquo par son discours réunificateur sans nuance, éventuellement au prix d’une action de force, Pékin se réfère il est vrai à quelques solides arguments légitimes datant de la guerre froide rappelés par Jean-Paul Yacine, dans Question Chine (lire : L’inflexible détermination de Pékin et la résistance des taïwanais).
Le premier, incontestable, renvoie à « la résolution 2758 de l’assemblée générale des NU. Cœur légaliste des arguments chinois, elle a été votée dans la nuit du 25 au 26 octobre 1971 par 76 voix dont celle des États-Unis qui s’étaient abstenus de mettre leur véto, contre 35 et 17 abstentions. Excluant Taïwan à l’époque toujours sous la règle autocrate brutale de Tchang Kai-Chek, elle était intitulée « Rétablissement des droits légitimes de la République populaire de Chine à l’Organisation des Nations Unies ».
La deuxième série d’arguments évoqués par Pékin se réfère aux accords de la 2e guerre mondiale. D’abord ceux de la Conférence du Caire, le 26 novembre 1943. Roosevelt, Churchill et Tchang Kai-chek (sans la participation de Staline encore contraint par le pacte de neutralité entre Moscou et Tokyo datant de 1941) affirmèrent ensemble leur volonté de contraindre le Japon à la reddition sans condition, à libérer la Corée et à restituer ses conquêtes des îles du Pacifique ainsi que tous les territoires chinois qu’il occupait (Mandchourie, Taïwan et les Pescadores).
Vingt mois plus tard, la Conférence de Potsdam du 17 juillet au 2 août 1945 entre Truman, Churchill et Tchang Kai-Chek, toujours sans Staline, pas encore entré en guerre contre le Japon, menaçait l’archipel nippon de “destruction totale“ et répétait qu’il devrait restituer la Corée, la Mandchourie, les Îles du Pacifique et Taïwan.
La troisième série des arguments avancés par Pékin pour affirmer sa souveraineté sur l’Île se réfère aux « Trois communiqués », accords bilatéraux avec Washington ayant précédé, accompagné et suivi la reconnaissance de la RPC par les États-Unis, le 1er janvier 1979.
Conclus en 1972 - Nixon et Zhou Enlai -, en 1979 - Carter et Deng Xiaoping - et en 1982 - Reagan et Deng Xiaoping -, ils reconnaissaient qu’il n’y avait « qu’une seule Chine et que son gouvernement légal se trouvait à Pékin. » Dans le même temps, Washington abandonnait les relations officielles avec l’Île et acceptait de les réduire aux échanges commerciaux et culturels, sans cependant renoncer à lui livrer des équipements militaires.
Devenues un sujet de contentieux récurrents entre Pékin et Washington, les livraisons d’armes qui, aux termes des « communiqués », devaient progressivement être réduits, n’ont jamais été abandonnées. Plus encore, l’Amérique qui, durant la guerre civile avait un temps soutenu Tchang Kai-Chek avant de tenter de le réconcilier avec Mao, avait pris soin de ne pas laisser l’Île en rase campagne à la merci de la brutalité militaire du Parti communiste.
En pleine guerre froide avec la Russie et l’URSS, l’appui de Washington était renforcé en dépit de la brutale dictature de Tchang Kai-Chek. Il accompagna son installation à Taïwan d’où il nourrissait l’illusion de reconquérir le Continent.
Avec en arrière-plan la solidarité anti-communiste, le deuxième communiqué entre Carter et Deng Xiaoping publié en 1979, année même de la reconnaissance diplomatique de la Chine par Washington, était assorti du « Taïwan Relations Act ». La loi, toujours en vigueur, n’est pas un traité d’alliance militaire avec Taïwan, mais une obligation de droit interne votée par le congrès.
Une de ses dispositions stipule que les États-Unis « considéreront tout effort visant à déterminer l’avenir de Taïwan par des moyens autres que pacifiques, y compris par des boycotts ou des embargos, comme une menace pour la paix et la sécurité de la région du Pacifique occidental et une grave préoccupation « a grave concern » pour les États-Unis ».
Quoi qu’il en soit, au regard du droit international et des accords bilatéraux conclus avec Washington, Pékin est fondé de revendiquer la souveraineté sur l’Île. Même quand on examine l’histoire, s’il est vrai que Taïwan n’a formellement appartenu à l’Empire des Qing qu’après sa conquête en 1683, il est impossible d’ignorer la longue et très ancienne influence culturelle et économique des Chinois du sud-est du Continent venant de l’autre côté d’un détroit, en moyenne à peine large de 100 nautiques.

