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Risques de conflit dans le détroit de Taïwan. Le durcissement chinois face à la rupture démocratique

La bascule démocratique, « trou noir » de la conscience autocrate de Pékin.

Si l’attribution « à perpétuité » de l’Île au Japon à la toute fin du XIXe siècle, fut le premier acte ouvrant la polémique de l’appartenance brouillée de Taïwan, nom qui fut attribué à l’Île par les Japonais, le deuxième acte fut sans conteste la démocratisation de l’Île initiée en 1988 peu avant son décès par Jiang Jing-Guo, le fils de Tchang Kai-Chek.

L’ouverture politique eut lieu tout juste une année avant que, le 4 juin 1989, sur la place Tian An-men, Deng Xiaoping, effrayé par le mouvement de la jeunesse, ordonna à l’Armée Populaire de Libération d’écraser « le printemps de Pékin. »

Malgré la floraison des échanges dans le Détroit accélérés par le Président Ma Ying-Jeou à partir de 2008, c’est peu dire que, pour les Taïwanais, la trace laissée par la répression alors qu’eux-mêmes étaient engagés sur la voie inverse de la démocratie reste un souvenir répulsif.

La défiance à l’égard de la réunification a récemment encore été alourdie par la répression de la mouvance démocrate à Hong Kong à partir de 2019, au milieu du plus vaste chaos de l’histoire de l’ancienne colonie britannique dont la racine plonge précisément dans l’initiative funeste d’une loi d’extradition vers la Chine.

Finalement retirée sous la pression de la rue, elle fut perçue par les Hongkongais qui à l’été 2019 manifestèrent en masse toutes opinions politiques confondues, comme le reniement brutal de l’arrangement « un pays deux systèmes » qui, jusqu’en 2047, devait laisser à la R.A.S les droits fondamentaux d’une justice indépendante, des libertés de parole et de manifestation.

Aujourd’hui, Hong Kong sévèrement repris en main depuis Pékin, à l’aune d’une loi sur la « sécurité nationale » qui restreint drastiquement toute respiration démocratique, peut encore moins servir d’exemple pour le retour de Taïwan dans le giron national chinois, comme l’affirme toujours le Parti Communiste à Pékin.

Plus encore, c’est même le signal catastrophique donné par Pékin à Hong Kong qui, en janvier 2020, favorisa, alors même qu’elle était mal placée dans les sondages de l’Île, la réélection à la présidence de Tsai Ing-wen, porteuse d’une stratégie de rupture rejetant le « Consensus de 1992 ».

Il faut se rendre à l’évidence, alors que le logiciel stratégique de Pékin est resté bloqué à la guerre civile chinoise, l’Île s’est politiquement émancipée au point que l’environnement juridique et diplomatique du droit international, cautionné par l’ONU et des « Trois communiqués » est désormais concurrencé à Taïwan par la conscience aigüe d’un contraste politique insupportable.

La persistance des menaces, facteur de rupture.

Pire encore, l’obstination unificatrice répétée sans nuances toujours assortie de menaces militaires, aggrave les fractures. En juin 2021, un sondage publié par l’Université Nationale confirmait le rejet. Il contredisait radicalement le discours de Xi Jinping glosant sur « la tendance irrésistible des fils et filles, - la propagande y inclut les Taïwanais -, de la Nation chinoise pour soutenir la réunification ».

Analysant l’évolution des réponses des Taïwanais sur leur perception des relations avec la Chine depuis 1994, il révélait la constante faiblesse des tenants de la réunification dont le pourcentage baisse inexorablement. Il était de 2,5% en 1995. En 2021 il n’était plus que de 1,5%. En même temps, progressant régulièrement depuis 2007, la proportion favorable au « statuquo indéfini » était de 27,5%.

En revanche, le pourcentage de ceux favorables au statuquo temporaire réservant le choix du statut de l’Île à une date ultérieure, était en baisse régulière depuis 2005. Alors qu’en 2005, il était encore de 38,2%, il n’était plus que de 28% en 2021. Depuis quatre ans, le nombre de réponses favorables à une indépendance à terme augmente drastiquement. Il n’était que de 12,8% en 2018. En 2021, il avait doublé à 25,8%.

Quant à ceux favorables à une indépendance immédiate, dont les réponses sont contraintes par les menaces militaires de Pékin qui considère obstinément la question de son seul point de vue souverain, sans tenir compte de l’avis de Taïwanais, leur nombre a malgré tout augmenté de 3,4% en 1994 à 5,6% en 2021.

Au total, l’analyse très complète présente la radiographie saisissante d’un refus mis en perspective sur près de trente années. Si on additionne ceux qui espèrent à terme l’indépendance et ceux qui la souhaiteraient le plus vite possible, à ceux (près de 60%) favorables au statuquo plus ou moins indéfini, on obtient un total de 86,9%.

Alors que la rupture des opinions dans l’Île décrit un paysage où, sous la menace chinoise, la réunification pacifique paraît improbable, dans l’Île, aiguillonnée par la réaction des Ukrainiens dressés contre l’invasion brutale de l’armée russe, est en train de naître un esprit de résistance civique.


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