›› Chronique
Deux objectifs majeurs.
Le premier objectif est à la fois légal et stratégique. Il s’agit d’abord d’entériner les éventuelles modifications et amendements de la constitution, d’établir un bilan des cinq années écoulées et de définir les lignes directrices et les priorités pour l’action future à la tête du pays.
A l’heure où le Parti est confronté à un nombre important d’interrogations sur l’ajustement obligatoire du schéma de développement et les exigences d’une réforme politique, dont certains craignent qu’il pourrait menacer le rôle dirigeant du Parti, l’exercice est d’autant moins simple que la crainte des désordres le place sous l’exigence contraignante du consensus.
Le cérémonial formel qui présente au Congrès l’évaluation des prestations de l’équipe sortante et les choix d’avenir est le rapport du Secrétaire Général, œuvre collective et consensuelle, à laquelle participent également les anciens dirigeants à la retraite. Par le niveau d’appréciations ou de critiques, il endosse, promeut ou, au contraire, récuse les idées et les actions des différents courants politiques et du gouvernement, contribuant par là même à faire ou défaire la carrière des hauts dirigeants du pays, dont la désignation, décidée à l’avance et de manière opaque, est formellement validée à cette occasion. Lire aussi : En route pour le 18e Congrès.
La deuxième tâche du Congrès n’est pas moins sensible puisqu’elle consiste à entériner le renouvellement du personnel politique des instances dirigeantes du Parti. Et cette fois, le défi est double. D’abord parce que le turnover, notamment dans les strates les plus élevées du Régime sera le plus important depuis 30 ans. En effet, si les contraintes des limites d’âge sont respectées, 70% des personnels seront remplacés au Comité Permanent, au Bureau politique, au comité exécutif du Conseil des Affaires d’Etat, et à la Commission militaire Centrale.
De ce fait, de nouvelles personnalités seront nommées à la tête des institutions en charge de l’idéologie, des affaires politiques, des finances, des Affaires étrangères et des opérations militaires. Au Comité Central qui compte 371 membres, le taux de remplacement sera de l’ordre de 65%, sensiblement égal à celui des 6 congrès réunis depuis 1982 (année du 13e Congrès).
L’autre défi du renouvellement des dirigeants est cette fois lié au fait que, pour la première fois depuis la mort de Mao, la succession politique a lieu sans la caution de Deng Xiaoping, dont la vertu consensuelle avait évité que les rivalités de pouvoir et les querelles idéologiques ne s’expriment avec trop de vigueur.
Consolider la régularité des relèves.
Protéger le consensus et le magistère du Parti.
On attend aussi que le 18e Congrès institutionnalise encore plus avant la séquence des 10 années au pouvoir au cours de laquelle chaque dirigeant suprême a le loisir de promouvoir ses idées et le clan de ses affidés, avant d’avoir à quitter le pouvoir. Si le PCC parvenait à préserver le rythme régulier de ces relèves politiques tous les 10 ans, dont le modèle est également à l’œuvre au Vietnam, il aura évité les écueils de la plupart des Partis Communistes, soit effondrés sous le poids des défis, soit enfermés dans le cul de sac de dictatures familiales ou claniques sans processus de relève institutionnalisé.
Enfin, à la lumière des tumultes qui, entre 2010 et 2012, ont secoué le Parti, ébranlé par la détestable affaire Bo Xilai et les avalanches de critiques qui prônent une ouverture politique, les caciques du Régime ont en tête deux exigences cardinales d’une portée stratégique considérable. Ces dernières sont aussi les conditions de la stabilité du pays et de la survie du Parti à la tête de la Chine : éviter de porter au pouvoir un populiste qui pourrait jouer sa propre partition en marge du consensus ; et en même temps veiller à ne pas promouvoir un réformiste trop radical, dont les initiatives menaceraient le magistère du Parti.

