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La montée en puissance maritime de la Chine : une ambition au service d’une grandeur retrouvée…

La Marine chinoise

Bien que ce ne soit pas l’objet de cet article, évoquons rapidement, pour finir, la montée en puissance de la Marine Nationale Chinoise, People’s Liberation Army Navy (PLAN). On a vu que le civil et le militaire sont étroitement imbriqués dans le domaine maritime chinois.

On assiste à une nette accélération de l’effort chinois depuis l’arrivée au pouvoir de George W. Bush.

En matière d’équipement, le poids est mis sur la construction d’une force amphibie et sous-marine. Prenant de court tous les observateurs, en décembre 2004 a été lancé le premier sous-marin d’une nouvelle série de sous-marins nucléaires (probablement avec l’aide russe). Ces derniers mois on a observé une recrudescence d’intrusions chinoises dans les eaux que se disputent la Chine et le Japon.

On sait que les Iles Spratley sont disputées par la Chine, Taiwan, le Vietnam, les Philippines, la Malaisie, le Sultanat de Brunei. Les Iles Paracels sont quant à elles réclamées par la Chine (qui les occupe depuis 1974), le Vietnam et Taiwan. Les îles Senkaku (Diaoyutai) ne sont disputées qu’au seul Japon.

A cela s’ajoutent des contentieux de frontières purement maritimes opposant la Chine au Vietnam et au Japon, et des problèmes de quotas de pêche avec les deux Corées, le Japon, le Vietnam, les Philippines.

On peut penser que le statu quo sur ces contentieux maritimes demeurera tant que la flotte Chine n’aura pas atteint la taille nécessaire pour assurer une présence effective et durable, et les capacités massives de débarquement. Taiwan risque d’être la première victime de son arrivée au niveau voulu par Pékin.

En 2010, la PLAN possèdera environ 70 navires de surface modernes, deux à trois sous-marins porte-missiles nucléaires, 20 à 30 sous-marins d’attaque conventionnels et six à propulsion nucléaire, deux douzaines de navires amphibies, quatre ravitailleurs.

Un porte-avions chinois ?

La question d’un porte-avion est controversée.

La construction d’un porte-avion ne semble plus être une priorité, malgré son importance en terme d’image, de présence navale si chère à Pékin. La Chine semble aujourd’hui préférer l’achat d’un des croiseurs à pont continu de l’ex-URSS.

La confirmation de l’abandon du projet signifierait une volonté de ne pas défier les USA avec un navire à aussi long rayon d’action, ne pas se poser en compétiteur stratégique dans le Pacifique. De plus, dans un engagement sino-américain, la supériorité américaine est telle que la flotte chinoise serait anéantie en quelques jours.

L’abandon officiel de sa construction illustrerait également le choix doctrinal du PLAN sur le type de guerre maritime à mener. Selon la nouvelle stratégie de défense nationale (2001), la prépondérance croissante des systèmes informatiques dans une guerre maritime rend moins cruciale pour les Chinois la possession d’une plateforme du type d’un un porte-avions.

De plus, un porte-avion ne serait pas d’une grande utilité dans une guerre dans le Détroit de Formose. Le renforcement des capacités de débarquement par contre oui. Ainsi, une deuxième brigade de Marines vient d’être créée et une troisième le sera vers 2010. Leur champ d’action est clairement annoncé dans le Sud et l’Est de la Mer de Chine. L’infanterie de marine chinoise est la seconde au monde, après celle des États-Unis.

« Quand la Chine s’éveillera… » aurait dit Napoléon…
La Chine maritime, elle, s’est bien réveillée !

Références bibliographiques :

- Vijay Sakhuja, in Monthly Journal of Institute of Defence Studies Analysis, New Dehli, février 2001, Maritime Power of PRC,

- Bernard Cole, in China Brief, The Jameston Foundation, 15/02/2005, Waterways and Strategy : China’s priorities,

- Les armements asiatiques de la conteneurisation, Notes de Synthèse ISEMAR, oct. 2004,

- Busan, un « main-port » pour l’Asie du Nord Est au XXIe siècle, Notes de Synthèse ISEMAR, mai 2004,

- Elisabeth Fourquoire-Brillet, La stratégie navale chinoise, in Publications de l’Institut de Stratégie Comparée, Ecole Pratique des Hautes Etudes, Paris, 2005,

- André Vigarie, l’évolution des ports chinois, in Journal de la Marine Marchande, février 2005,

- Hutchison Whampoa Ltd, rapport annuel 2004,

- Transport Maritime et Construction Navale en 2004, rapport annuel de Barry Rogliano Salles, Paris,

- The Platou Report 2005, rapport annuel de R.S. Platou Shipbrokers, Oslo.

(avec l’accord de la revue DEFENSE qui a publié cet article en novembre-décembre 2005 et de l’auteur, Bernard DREYER).

Note(s) :

[1L’Expansion, avril 2005.

[2Site internet personnel d’une jeune Chinois anonyme, vivant en France.

[3La Chine et la mer : consubstantielles et incompatibles, in Défense, avril-mai 2005, (extrait d’un communication devant l’Académie de Marine, 03/03/2005).

[4En 2005, 50 % des 6000 milliards de tonnes-kilomètres produits par le transport intérieur chinois sont encore à mettre au compte du fluvial, le quart étant ferroviaire et seulement un huitième transporté par la route.

[5…Et si la Chine avait capitalisé sur sa formidable avance technologique maritime, si elle avait pris l’initiative de commercer avec le reste du monde ?

Les navires-trésors auraient facilement contourné le Cap de Bonne Espérance. La domination commerciale chinoise aurait colonisé l’Afrique et l’Océan Indien à la place des Européens… La découverte de l’Amérique aurait pu être chinoise… (voir à ce sujet les publications du Yale Centre for the Study of Globalization, New Haven, Connecticut, USA).

[6On notera que la Chine communiste ne s’est pas intéressée aux choses de la mer au début de son existence, en 1949. Pareillement aux empereurs, le Parti Communiste a d’abord été absorbé par l’immensité du territoire. La découverte de sa « maritimité » et l’importance stratégique d’une flotte civile et d’une marine nationale sont une prise de conscience qui remonte aux années 1970.

[7Source : Revue CEPII N° 213, 06-2002.

[8La Chine produit : 85% des tracteurs agricoles, 75% des montres et horloges, 70% des jouets, 70% des téléviseurs, 70% de l’aluminium, 70% de l’acier, 60 % des vélos, 60% de la pénicilline, 55% des téléphones, 50% des appareils photo, 50 % de la vitamine C, 50% des ordinateurs portables, 30% des climatiseurs, 25% des machines à laver, 20% des réfrigérateurs… (Le Monde 15/06/2005).

[9M. ZUBIR et M’d N. Basiron, The Straits of Malacca : the rise of China, America’s intentions and the dilemma of the littoral States, in Publications of Centre for Maritime Security & Diplomay / Centre for Coastal & Marine Environment, Maritime Institute of Malaysia, avril 2005.

[10A titre de comparaison, les Etats-Unis, qui détiennent 13% du commerce mondial, ne contrôlent que 6% de la flotte mondiale. Quant à la France, sa dépendance des flottes étrangères n’est plus à démontrer : 5e exportateur mondial, 29e flotte mondiale !

[11Ils sont par ailleurs des cibles désignées pour des représailles de fondamentalistes pakistanais, en raison de la persécution dont sont victimes les musulmans ouïgours en Chine, en raison de la « hanification » du Xinjiang.

[12On notera que les USA ont l’usage exclusif de deux bases aériennes dans la région : Jacobabad (Sind) et Pasni (Balouchistan).

[13Fait exceptionnel, dénotant l’attention que la Chine accorde au Myanmar : alors que Pékin fait peu de cas des considérations environnementales (voir Projet des Trois-Gorges), la construction de treize barrages hydroélectriques sur la rivière Nu (appelée Salween River au Myanmar), a été réduit à quatre suite aux inquiétudes du gouvernement birman sur son approvisionnement en eau.)

[14Ji Guoxing, in SLOC Security in the Asia Pacific, in Asia-Pacific Center for Security Studies, Honolulu, 02/200 et in Pacific Forum CSIS, 08/07/2004.

[15Le Figaro, 08/10/2005.


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