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Chapitre II
Bien sûr, il y avait bien des mauvaises langues et des mauvais esprits pour trouver que la France était prête, pour des lambeaux d’hypothétiques contrats, à s’asseoir sur toutes ses convictions et à renier tous ses principes... Mais pour le moment leurs cris indignés ne pesaient pas lourd sur la balance des intérêts en jeu... D’autres, plus cyniques, s’offusquaient moins des procédés que de l’enjeu, pensant que la France était en train de payer bien cher son entrée dans sur un marché de dupes qui payait en monnaie de singe... Mais là encore, il s’agissait de mauvais coucheurs qui n’avaient rien compris aux lois du commerce et de l’économie...
- A partir du moment où nos équipes spécialisées sont averties et sur le qui-vive, les risques me paraissent nettement moins forts. Je ne souhaitais pas voir débarquer des escouades de policiers ne connaissant rien à la Chine et s’en allant tête baissée dans tous les moulins qu’ils auraient rencontrés. C’est la raison pour laquelle j’ai demandé à pouvoir collaborer avec vous sur cette affaire, plutôt qu’avec une bande d’inconnus. Pour nous aussi, cette affaire présente des aspects insolites et inquiétants. Par exemple, lors du premier encrèmage ou entartage comme vous dites, celui de Monsieur Teuton, un gardien du parking de l’hôtel a noté le numéro de la plaque d’immatriculation de la voiture dans laquelle se sont enfuis les agresseurs. Il faut dire qu’ils ont éraflé une BMW 745 gris métallisé, en partant sur les chapeaux de roue. Leur rétroviseur gauche a été arraché et ils ont dû récolter une belle éraflure sur l’aile et la portière.
Le gardien n’a pas pu les arrêter mais a fait un constat. Or, cette plaque s’est avérée volée, ce qui n’est pas vraiment très étonnant... mais ce qui l’est plus, c’est que cette plaque appartient à une de nos voitures de la police militaire. Voler une plaque de voiture de la police militaire, cela permet bien entendu de pouvoir circuler sans trop de risque de se faire contrôler par la police du trafic, mais c’est très imprudent et, chez nous, c’est un crime plus grave que de lancer un gâteau à la figure de quelqu’un... C’est comme s’attaquer à une mission officielle, cela ne relève plus de la plaisanterie...
Quant au troisième attentat, et là je parle bien d’attentat, les assaillants ont purement fait sauter le poste blindé du transformateur électrique local et non pas avec de la dynamite que l’on trouve assez couramment en vente en Chine, mais avec un explosif militaire, du symtex... Nos experts sont formels. Trouver des tartes à la crème, c’est facile, mais se procurer du symtex... ce n’est pas, là non plus, à la portée du premier venu... et faire sauter toute une sous-station électrique parce qu’on veut couper la lumière dans un restaurant pour pouvoir mettre une tarte à quelqu’un, cela sort très nettement du cadre du canular entre copains...
J’ai fait passer au SCTIP (), un échantillon des traces d’explosif pour qu’ils les transmettent à l’IWETS () afin de rechercher une éventuelle connexion avec d’autres attentats de ce type. De ton côté, tu pourras toujours envoyer un X400 au PST(), si cela t’amuse, me lança Weng en aparté...
Le nouveau système informatique avait supprimé les messages X400 mais les vieux policiers continuaient à se servir de cette vieille terminologie.
- Il y a bien encore quelques autres petits détails qui nous laissent très mal à l’aise, continua Weng, mais ceux dont je viens de vous parler sont les plus importants et suffisent à nous mobiliser. Notre sentiment est que, derrière un faux décor de plaisanterie, se prépare une opération d’envergure, peut-être de nature terroriste, qui pourrait viser votre président. Tous nos services sont en alerte et vous n’aurez pas à craindre de nouveaux entartages, mais nous avons besoin de votre aide et de votre collaboration pour mieux comprendre ce qui se passe du côté de vos concitoyens. Nos amis français sont parfois si déroutants...
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« PEKIN, CE N’EST PAS DE LA TARTE » est un roman de pure imagination, dont le seul but est de vous distraire et, si possible, de vous faire sourire. Les personnages sont fictifs et les faits relatés n’ont jamais eu la moindre réalité.
(À suivre, la semaine prochaine)
