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Chapitre II
- Et pourquoi nous ? demanda Huang. J’ai comme l’impression que l’on ressemble un peu à Clint Eastwood et son équipe de bras cassés, aux commandes de leur navette dans « Les cow-boys de l’espace ». On n’est plus tout jeunes et plus vraiment dans l’active ; Ce ne sont pourtant pas les vrais cow-boys qui manquent chez nous ! Entre le GIGN, les nuées de cellules anti-terroristes, les commandos de marine, les contractuelles et les vigiles du métro... J’en passe et des meilleurs !
- Je te rassure... Tous les services sont sur le pied de guerre et on peut s’attendre à pas mal de tiraillement entre tous les pingouins qui vont débarquer sur cette affaire et qui vont vouloir se mêlerdesmêmesaffaires et suivre les mêmes pistes que nous... Mais la direction générale des opérations nous est échue, premièrement parce qu’INTERPOL a l’habitude de communiquer avec la Chine et que Delamarne est donc un bon relais pour coordonner les actions et deuxièmement... Je me demande d’abord pourquoi j’essaie de vous trouver de bonnes raisons ! Demandez plutôt à votre copain Weng qui se marre dans son coin... Demandez-lui pourquoi il a révoqué tous les types qu’on lui a proposés en s’obstinant à demander votre aide et celle de personne d’autre ! Mais Weng, tu n’as rien dit jusque à présent...
Weng esquissa un grand sourire et se racla la gorge.
- Je n’étais jamais venu dans ce coin du Sichuan. Franchement vos missionnaires savaient vivre et choisissaient de bien jolis endroits. Cette église est très belle.
Weng était du genre à toujours aller droit au but quand on lui posait une question, enfin presque...
- Et puis, continua-t-il, on peut y parler à loisir sans craindre les oreilles indiscrètes. Il ponctua sa phrase avec un petit rire nerveux et une petite moue ambiguë... Il faut dire que pour ce qui était des écoutes indiscrètes, Weng en connaissait un rayon...
Nos autorités souhaitent aussi que le prochain voyage de votre président se passe dans les meilleures conditions possibles. Tout acte malencontreux à l’égard de Monsieur Chirac ne manquerait pas de souiller également l’image de notre pays et puis, les vieilles querelles sont maintenant complètement oubliées. Votre nouveau gouvernement a compris ses erreurs et s’est efforcé de les réparer et nous ne voulons donc pas que des incidents regrettables et fâcheux viennent compromettre les très bonnes relations que votre actuel gouvernement a su courageusement restaurer...
Courageusement... Nos amis chinois savaient être légers dans la flagornerie... Il faut dire que, récemment, les Autorités françaises n’avaient pas fait dans la finesse pour faire plaisir à leurs “amis” chinois... Ces derniers temps, la France s’alignait, chaque fois que la Chine le lui demandait et même quand elle ne lui demandait pas, sur les positions chinoises, en acceptant, par exemple, de considérer les dissidents du Xinjiang comme de dangereux terroristes ou en adoptant les yeux fermés la doctrine d’une seule Chine, en condamnant Taïwan pour avoir osé évoquer l’idée d’un référendum, en s’asseyant cyniquement sur le droit des peuples à s’autodéterminer ou à s’exprimer démocratiquement sur une question qui les intéressait au premier chef...
La France avait également accepté de participer à des manœuvres conjointes avec la marine chinoise devant les côtes taiwanaises, juste avant leurs dernières élections, histoire vraisemblablement de bien montrer notre neutralité dans le différend qui oppose la Chine à son ancienne province... Nous avions également complimenté la Chine, en dépit de toutes les apparences, pour ses efforts en matière de défense des droits de l’homme et nous étions intervenus à Bruxelles pour essayer de lever l’embargo qui frappe les ventes d’armes vers la Chine... Si l’on rajoute à cela un mutisme complet sur la question du Tibet et sur les persécutions religieuses ou celles des quelques dissidents encore survivants, vous comprendrez qu’il est difficile d’être plus « ami »...

