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4e trimestre 2012. Xi Jinping et Li Keqiang à la manœuvre

ECONOMIE ET SOCIETE

La plupart des préoccupations sociales du pouvoir, relayées par la presse renvoient à l’urbanisation massive du pays, aux espoirs qu’elle accompagnera une augmentation de la consommation interne, aux écarts de revenus et, encore une fois, à la tendance des riches chinois à quitter le pays.

Alors que les prévisions officielles prévoient qu’en 2020, la classe moyenne comptera 600 millions de personnes, 2 instituts américains basés à New York ont rendu public un sondage, véritable radiographie des rapports entre économie et société. Le questionnaire demandait aussi aux « sondés » d’exprimer leur vision de l’économie chinoise pour les 6 mois à venir. L’échantillon social interrogé comptait des banquiers, des dirigeants d’entreprises grandes et petites appartenant aux secteurs minier et manufacturier, à celui de la construction, de la distribution, des services, des transports, de l’immobilier et de l’agriculture.

La reprise observée au dernier trimestre est surtout sensible dans les secteurs des services, du luxe, et des produits de consommation durables – meubles, appareils électriques, véhicules automobiles – et moins dans le secteur minier, l’immobilier et la production industrielle. 72% des distributeurs espèrent de meilleures ventes dans les 6 prochains mois, à l’exception notable de Shanghai et de quelques autres régions de l’est et du sud-est.

Bonnes nouvelles pour le gouvernement, la reprise observée au 4e trimestre a en partie été initiée par les services, essentiellement dirigés vers la consommation intérieure, tandis qu’on observe un rééquilibrage régional de la croissance vers les provinces de l’intérieur, où ce sont les sociétés opérant à l’Ouest de la Chine qui ont enregistré les plus fortes hausses de salaires. S’agissant du marché du travail, 34% des responsables interrogés ont noté une augmentation de la ressource non qualifiée, tandis que 20% font état de pénuries de main d’œuvre. 34% des compagnies ont signalé une augmentation de leurs effectifs et 52% ont augmenté les salaires.

Selon les banquiers, les conditions de crédit se sont allégées au 4e trimestre, mais dans le même temps, les refus de prêts ont augmenté de 16%, sanctionnant particulièrement les sociétés présentant des surcapacités, tandis que 60% des banques signalaient que très peu de prêts – moins de 20% - ont été accordés à de nouveaux emprunteurs, ce qui laisse supposer la perpétuation des habitudes privilégiant les grands groupes publics.

Dans ce contexte de reprise fragile, un rapport des NU sur l’état des rémunérations dans le monde, publié en décembre, signalait que, même après le triplement des salaires en Chine depuis 10 ans, leur part dans le PNB avait continué à diminuer. Cette tendance s’est accélérée depuis 2003 – mais la Chine n’est pas seule dans ce cas - ce qui retarde la naissance d’une classe moyenne capable de consommer plus, d’autant que l’épargne chinoise est encore de 30% des revenus – contre 16,8% en France, 16,5 % en Allemagne et moins de 5% aux Etats-Unis -. A l’inverse, la consommation des ménages était de 34% du PIB en Chine contre 71% aux Etats-Unis et 57,6% en France.

La création d’un marché intérieur plus vaste se heurte aussi à l’indigence des filets sociaux et aux conséquences de la politique de l’enfant unique, qui contraint chaque couple à prendre systématiquement en charge 4 parents. Dans ce contexte, le pouvoir reste tenté de revenir au vieux schéma de la relance par l’investissement, générateur de gaspillages, de projets inutiles et de corruption, dans un système qui favorise la collusion entre les banques et groupes publics et constitue l’épine dorsale des prébendes.

Selon la société d’audit Lombard Street Research basée à Hong Kong, « le plus gros problème du modèle chinois est que les groupes publics prennent une trop grosse part du gâteau et que la part résiduelle des ménages est trop faible ; tandis que les entreprises privées, moteurs de la création de richesse, n’ont pas accès aux contrats publics et au crédit ». Ainsi le système autorise la mauvaise gestion et les pertes des conglomérats publics souvent liés à l’oligarchie, et maintenus à flot pour éviter l’aggravation du chômage.

Enfin, la fin de l’année a été marquée par la résurgence des deux sujets sensibles que sont les écarts de revenus et l’épidémie d’immigration des riches chinois.

En décembre, l’Institut Chinois de recherches financières, créé par l’Université du Sud-ouest basé à Chengdu et opérant sous le parapluie de la Banque Centrale, publiait un coefficient de Gini de 0,61, bien plus alarmant que le chiffre officiel, rendu public pour la première fois depuis 2005 et affiché à 0,474.

Ce dernier était assorti de commentaires signalant que le coefficient de Gini des Etats-Unis se situait dans une fourchette équivalente, tandis que le chiffre de 2012 marquait, selon les statistiques officielles, un progrès par rapport à 2008 où il était de 0,491. Au milieu de commentaires sceptiques des observateurs, le Global Times qui publia le coefficient de Chengdu le 10 décembre dernier, expliquait que le taux était alarmant. Il est vrai qu’il ferait de la Chine l’un des pays les plus inégalitaires de la planète, en compagnie du Honduras à 0,613.

Le 19 décembre, le China Daily et le Global Times relançaient la polémique sur l’exode des riches chinois. Selon l’Institut de Technologie de Pékin et le Centre de recherche sur la Chine et la globalisation, en 2011, 150 000 chinois avaient obtenu un permis de résident permanent à l’étranger, dont 87 107 aux Etats-Unis. Sous le titre « les leçons à tirer de l’exode des riches chinois », le Global Times expliquait que 74% des chinois possédant au moins une fortune de 100 millions de Yuan (12 millions d’€), avaient soit déjà émigré, soit se préparaient à le faire.

Les commentaires de l’article suggéraient que « la Chine s’efforce d’améliorer les conditions générales de vie de ses citoyens, au lieu de seulement focaliser sur les opportunités d’affaires », ajoutant que « quand les riches fuient le pays, les pauvres récriminent contre les problèmes sociaux tels que l’éducation, le prix des logements et les impôts », laissant entendre que « la Chine ne deviendrait un vraie puissance que quand elle aura fait en sorte d’être plus attractive et d’offrir des conditions de vie plus confortables ». Les principales raisons de l’exode restent la recherche d’un meilleur environnement pour l’éducation des enfants, et, pour près de 50% des riches, une meilleure sécurité pour leurs avoirs financiers.


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