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›› Editorial
Pékin à Canberra : « Ne touchez pas aux intérêts vitaux chinois. » Brutalité et fragilités chinoises. Limites des discours d’ouverture
Il est clair que la férocité avec laquelle Pékin s’attaque à Canberra porte un message à destination des autres capitales occidentales – Washington d’abord et ses alliés de l’OTAN dont 15 sur les 29 avaient, à l’été 2019, signé une lettre ouverte à Madame Bachelet Haut-Commissaire des NU pour les droits de l’homme, pour dénoncer le mauvais traitement par la Chine des Ouïghour du Xinjiang. Ils avaient été rejoints par le Japon. Lire : Controverses globales autour du traitement des Ouïghour. Pékin rallie un soutien hétéroclite et brouille la solidarité des musulmans.
A cette liste s’ajoutent quelques rares pays hors OTAN dont l’Inde qui figure en première ligne de la vindicte chinoise.
Le but est d’abord de tenir à distance l’exigence d’une enquête indépendante à Wuhan sur le sujet de la réaction chinoise à la naissance de la pandémie et de « rectifier » toutes les critiques faites à la Chine sur plusieurs autres sujets que Pékin classe dans la catégorie de ses « intérêts vitaux – 中国的核心利益 Zhongguo de hexin liyi– [1].
Il est rare que le vieux proverbe populaire chinois « 杀鸡儆猴 - Sha ji, jing hou - tuer le poulet pour mettre en garde le singe. » soit illustré par une stratégie globale de cette ampleur.
Le 17 novembre dernier, lors de sa conférence de presse journalière, Zhao Lijian l’un des porte-parole du Waijiaobu est pour la première fois sorti de l’ambiguïté des accusations générales pour aller plus dans le détail de ce que Pékin reproche à l’Australie, justifiant ses féroces représailles (lire Origine de la pandémie. L’Australie face aux puissantes pressions de Pékin. Quelles perspectives pour une OMS indépendante ?)
Le message qui était entouré de l’injonction adressée à Canberra d’avoir à « corriger son attitude pour rétablir la confiance » était clair. Sa portée qui énumérait « 14 erreurs australiennes commises depuis quelques années » dépassait cependant largement les relations bilatérales et touchait à plusieurs des intérêts vitaux chinois.
Ils allaient de la stabilité du système politique critiqué pour son manque de transparence et le non respect des droits au Xinjiang, à l’intégrité territoriale avec la question de Taïwan, en passant par l’ostracisme infligé à Huawei ainsi qu’aux investissements chinois, jusqu’au « chiffon rouge » de la souveraineté de Pékin sur Hong Kong où a surgi une mouvance de rupture pro-occidentale avec l’histoire chinoise.
« Cessez de fomenter des actions internationales contre les intérêts vitaux de la Chine à Hong Kong, Taïwan et au Xinjiang ; (comme par exemple militer pour condamner Pékin à propos de son traitement des Ouïghour, appuyer les mouvement démocratique et le séparatisme à Hong Kong ; soutenir la présidente indépendantiste Tsai Ing-wen et militer pour la participation de l’Île à l’OMS) … ».
(…) « Cessez d’accuser la Chine d’infiltration ou d’espionnage et de bannir Huawei des appels d’offres de l’infrastructure de la 5.G. Cessez de conditionner les investissements chinois à des critères de sécurité. Cessez de militer pour une enquête internationale Covid-19 indépendante à Wuhan ».
Les injonctions qui suivaient la série de représailles commerciales infligées à Canberra laissent entendre qu’elles pourraient être étendues à d’autres. Le fond de tableau est la colère et l’humiliation publique.
Comme ailleurs, et tout particulièrement par ces temps où montent les nationalismes, les camouflets infligés au grand jour ne peuvent rester sans réponse. C’était l’autre partie du message de Zhao Lijian : « Au lieu de se soustraire au blâme et de rejeter sur d’autres la responsabilité, l’Australie devrait réfléchir sérieusement à l’état des relations entre l’Australie et la Chine ».
La férocité chinoise exprime aussi un sentiment d’insécurité.
La plupart des analyses voient les menaces comme une expression de puissance – légitime selon les uns, arrogante selon les autres -. A l’examen, la liste des 14 points soulevés reflète aussi un profond sentiment d’insécurité.
Zhang Lifan, (章立凡), 70 ans historien respecté, ancien de l’Académie des Sciences Sociales, met souvent l’accent sur la conscience que l’appareil a de sa propre vulnérabilité pour expliquer la rigidité de ses réactions. Sa nature « hiérarchique et totalitaire » dit-il repose de plus en plus sur la contrainte que sur la légitimité pour prévenir les fractures. Les plus conscients savent que, poussées à l’extrême, le durcissement des contrôles et des répressions internes porte un risque politique.
Yasuhiro Matsuda qui enseigne la politique internationale à l’Université de Tokyo, dit la même chose à propos de l’inflexible raidissement à Hong Kong contre la mouvance séparatiste que le régime voit, avec raison, comme une menace existentielle.
Il est vrai que si dans l’ancienne colonie britannique, symbole des humiliations infligées à la Chine au XIXe siècle, le Parti laissait libre cours à la pensée de rupture au point de compromettre le rattachement en 2047, sa crédibilité interne s’effondrerait aussitôt. C’est pourquoi, dit Matsuda, Pékin ne retrouvera sa sérénité qu’après avoir définitivement éteint toute velléité de contestation politique.
Les réactions internationales anti-chinoises critiquant la politique de Pékin au Xinjiang, et refusant de voir à quel point le nationalisme du régime est heurté par la dissidence à Hong Kong, ou encore les critiques unanimes suscitées par la vaste stratégie d’autopromotion de Pékin à l’été 2020, ne sont pas rassurantes.
En septembre dernier 2020, Heiko Maas, avait, lors du passage du MAE Wang YI à Berlin jeté une ombre (lire : Wang Yi et Yang Jiechi en quête de rédemption diplomatique en Europe.) sur l’ancienne proximité diplomatique entre Berlin et Pékin, qui, il n’y a pas si longtemps, affichaient une connivence dont le dynamisme et l’enthousiasme bilatéral avaient même intrigué les partenaires européens de l’Allemagne.
En 2012 QC avait souligné le « hiatus » et les malentendus entre l’Allemagne, la Chine et l’Europe ; lire : Chine – Allemagne – Europe. Le grand malentendu.
« L’impression générale est un décalage entre d’une part les visions stratégiques de la Chine cherchant toujours un contrepoids aux États-Unis en même temps qu’un accès rapide aux hautes technologies qui lui manquent, et d’autre part l’intérêt allemand presque exclusivement économique et commercial. »
L’angle mort était politique. Il s’est exprimé le 1er septembre dans une article de la Süddeutesche Zeitung, intitulé « Sur un air de mensonges », sous la plume de Daniel Brössler, très critique de la Chine et de ses manœuvres en Europe. On y lisait notamment : « La route vers une véritable souveraineté européenne est encore longue. Mais il est certain qu’elle ne passera pas par Pékin ».
Ainsi ont disparu de la mouvance stratégique favorable à Pékin, deux piliers jusque-là épisodiquement utilisés en contrepoids de Washington ou pour diviser les adversaires de la Chine.
L’Australie qui du temps du Premier Ministre Kevin Rudd, avait lancé une politique de rapprochement avec Pékin au point d’avoir signé en 2015 un accord de libre-échange, est clairement entrée dans une phase de défiance. On y croise la querelle sur l’origine du virus, les différends commerciaux, les soupçons d’ingérence politique et les scandales de corruption.
Avec l’Allemagne que le Premier Ministre Li Keqiang considérait, à la suite de Wen Jiabao, comme un des points d’appui de la pénétration chinoise en Europe, les tensions montent depuis plusieurs années, initiée par la crainte allemande de la captation de technologies surgie dès 2016.
Lire le paragraphe « Les étonnements du Chinois MIDEA » de notre article : La nouvelle agressivité des groupes chinois à l’international mise en perspective.
Et : Sous la « tempête Trump », les illusions chinoises de la Chancelière.
Encore : L’énergie globale, selon China State Grid.
Les tensions entre Berlin et Pékin se sont encore amplifiées avec la pandémie et le débat politique sur la dépendance industrielle et commerciale à la Chine.
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Sans surprise, Pékin exerce des représailles commerciales.
En ciblant les exportations australiennes, le pouvoir chinois espère qu’en jouant sur l’attirance de son marché, destination de 25% du commerce extérieur de Canberra soit 103 Mds de $ en 2019 (dont près de 70% est constitué par des minerais – fer, charbon - et des dérivés pétroliers), il influencera les groupes d’intérêts pouvant peser sur la politique étrangère de Morrison.
Pour l’instant du moins, Canberra a adopté une posture intransigeante n’ayant pas varié depuis les premières passe-d ’armes d’avril dernier, Morrison expliquait que la puissance des relations bilatérales mutuellement bénéfiques pouvait supporter la mise au clair des défiances nées de la pandémie. Il ajoutait qu’à défaut de compromis avec Pékin, l’Australie pourrait trouver des marchés pour ses minerais ailleurs dans le monde.
Même si aujourd’hui la discorde est devenue plus globale, fortement attisée par une rivalité idéologique, ce n’est pas la première fois que les relations entre Canberra et Pékin sont perturbées autour du marché des minerais (lire : Les Chinois interviennent dans la bataille sur les minerais.).
L’analyse qui pointait du doigt une vulnérabilité chinoise, décrivait l’habileté tactique de Pékin pour réduire les conséquences de sa dépendance en matières premières, notamment en minerai de fer. La manœuvre avait consisté à gêner la constitution d’un géant australien du fer trop puissant.
Premier pays importateur de minerai de fer – 380 millions de tonnes en 2007 et plus d’un milliard de tonnes en 2019, soit +163% en moins de 15 ans -, la Chine craignait en effet que le rachat du Brésilien Rio Tinto par l’Australien BHP Billiton créerait un géant contrôlant plus de 30% du marché mondial, dont le monopole pourrait exercer des pressions sur les prix.
Pour l’heure Canberra qui se dit en mesure de résister aux pressions commerciales chinoises, se positionne au sein d’une mouvance de défiance à la Chine. Le 17 novembre, Morrison était à Tokyo où il a conclu avec Yoshihide Suga, un accord de défense bilatéral permettant une coopération opérationnelle des deux forces armées.
Le rapprochement opérationnel est une première, mais il s’appuie sur une série de traités déjà signés en 2007, 2013 et 2017 touchant aux relations logistiques et à la fourniture d’équipements militaires. Après l’accord sur le statut des forces signé avec Washington en 1960 autorisant le stationnement de bases militaires et le déploiement de 50 000 « GI » sur l’archipel, le traité conclu avec Tokyo est le 2Ie accord défense de nature opérationnelle signé par le Japon depuis 1945.
Mais, il y a plus. S’il est exact que Tokyo et Canberra ne sont pas l’un pour l’autre des alliés stratégiques de premier rang (voir l’annexe) leurs déclarations communes se situant dans la sphère démocratique portant les mêmes valeurs de liberté, de démocratie et d’État de droit, les positionnaient dans un camp clairement opposé à la Chine, dans une posture de vigilance face au risque d’élargissement de l’empreinte stratégique et culturelle chinoise en Asie.
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Il reste que, pour l’heure au moins, l’alliance « Quad » n’est pas de taille à contrebalancer la force des ripostes commerciales chinoises, tant il est vrai que tous les voisins de Pékin se sont alignés derrière le fanal chinois du libre-échange porté haut par la signature à Hanoi, le 15 novembre dernier, du Partenariat économique régional : En l’absence de l’Inde, la Chine unique poids lourd du Partenariat Économique Régional.
L’Inde, poids lourd régional de l’Alliance, restée en marge du Partenariat, l’a dit par la voix d’un de ses anciens ambassadeurs, « aucun d’eux ne se donne les moyens de se déconnecter du marché chinois. » (…) « Leur dépendance est telle qu’au contraire, ils s’y investiront toujours plus. »
Le 20 novembre, lors de son adresse au sommet virtuel de l’APEC [2], fort de son succès au cœur d’une nébuleuse commerciale aux dimensions inédites, Xi Jinping, s’est de surcroît payé le luxe d’annoncer que Pékin rejoindrait le Trans Pacific Partnership, création de l’administration Obama dont la Chine avait d’abord été exclue en 2015 pour ses manquements aux règles du marché.
Abandonné en 2017 par D. Trump, le Partenariat avait été maintenu la tête hors de l’eau par le Japon et les 11 pays rescapés. En 2018, ces derniers l’ont ressuscité sous le nom de « Comprehensive and Progressive Agreement for Trans-Pacific Partnership (CPTPP) », ou « TPP-11 » (entre 11 pays au lieu des 12 initiaux avant le départ des États-Unis).
Par sa proposition de joindre un traité dont la Chine avait d’abord été tenue à l’écart accusée de ne pas se conformer aux règles du marché de séparation de la politique et des affaires, Xi Jinping, déjà au cœur d’un autre gigantesque traité de libre-échange, affiche, avec un opportunisme teinté d’ironie, son intention de démontrer la prévalence des « caractéristiques chinoises » sur celles de l’Amérique.
Le discours faisait suite à celui prononcé le 19 novembre, également en vidéo-conférence à destination des Chefs d’État et de gouvernement de l’APEC dans lequel le n°1 chinois qui faisait l’apologie du libre-échange par contraste avec l’Amérique qui le renie. Il énumérait les efforts récemment consentis pas Pékin pour faciliter les investissements étrangers [3].
Les limites de l’ouverture.
L’habileté de la manœuvre consistant à présenter la Chine comme un parangon de l’ouverture commerciale alors que nombre de ses secteurs notamment dans les services sont seulement en train de s’ouvrir, est remarquable.
Des restrictions matérialisées par des contrôles stricts de l’État, par des quotas limites d’investissements et par l’obligation de s’associer à un partenaire chinois existent en effet toujours – entre autres - dans l’éducation, la santé (partenaire chinois obligatoire), le génie génétique dans l’agriculture, les télécommunications, les médias (contrôle obligatoire de l’État), l’automobile, le commerce en ligne, le stockage, le transport (investissements limités à 50%).
Ajoutons que, dans le système économique dominé par l’État chinois, les relations restent ambigües entre le Parti, le gouvernement, les entreprises (publiques ou privées) et la société civile.
Interrogés sur le sujet, les responsables des entreprises étrangères investies en Chine estiment en général que les pouvoirs publics donnent la priorité aux objectifs politiques que sont la prévalence absolue de la souveraineté nationale et la stabilité sociale au détriment des investisseurs étrangers y compris en violant le droit.
Contredisant le discours politique d’ouverture, la Banque Mondiale n’accorde à la Chine qu’une note de 1,75 sur 5 pour juger de l’efficacité des recours juridiques engagés contre les autorités administratives protestant contre les accès limités ou inexistants aux lois et règlements, l’absence de transparence et l’application sans concertation préalable de nouvelles mesures administratives.
Plus généralement, s’il est vrai que Pékin s’efforce de réduire les contraintes, la plupart des investisseurs étrangers se plaignent que les barrières ne tombent que quand la place est déjà prise par les intérêts chinois dont les positions sont difficiles à concurrencer, précisément du fait des défaillances citées plus haut.
Surtout certains indices mesurant l’équité ou le climat des affaires restent mauvais ou au mieux décevants. En 2019, l’ONG Tranparency International mesurant le niveau de corruption classait la Chine au 137e rang sur 180. Pour le climat des affaires, noté par la Banque Mondiale elle n’était qu’au 31e rang.
Les partenaires habituels de la Chine qui connaissent bien le pays comme les Japonais sont au mieux partagés, au pire méfiants, à l’instar de ce fonctionnaire resté anonyme, cité par Nikkei Asia :
« Que voulons-nous ? Retourner dans le monde d’avant Trump si d’aventure c’était possible ? Pour de nombreux décideurs à Tokyo, la réponse est probablement non, car avoir une stratégie mal mise en œuvre mais fondamentalement correcte [sous Trump] est mieux que d’avoir une stratégie bien mise en œuvre mais ambiguë. »
Wang Yi le MAE chinois a bien compris les enjeux. En voyage au Japon et en Corée du sud, du 24 au 27 novembre, il dit vouloir « sonder le terrain » et « consolider les liens avec deux alliés de Washington. »
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ANNEXE
Le dialogue quadrilatéral de sécurité.
Alors que dans la tourmente des pressions chinoises, Canberra et Tokyo viennent de signer un accord de défense bilatéral, les deux doivent encore trouver une harmonie dans leur approche de la question chinoise. Elle existe en théorie au sein du dialogue quadrilatéral de sécurité qui, dès l’origine, regroupait le Japon qui l’a créée en 2007, l’Inde, les États-Unis et l’Australie.
Pour autant, initialement positionnée contre la Chine du temps où les relations entre Tokyo et Pékin étaient tendues (lire : Relations Chine-Japon. Les non-dits de l’irrationnel.), la structure à peine créée perdait de sa force en 2008, quand Yasuo Fukuda au Japon et Kevin Rudd en Australie partisans de contacts plus ouverts avec la Chine sont arrivés au pouvoir.
En Australie K. Rudd, sinophone et sinophile, réagissait à des protestations diplomatiques de Pékin après une manœuvre navale commune des quatre avec Singapour. En Inde, Manmohan Singh aux affaires depuis 2004 avait lui aussi infléchi sa politique chinoise dans le sens d’une plus grande proximité avec la Chine.
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Neuf années plus tard, conséquence de l’affirmation par la Chine de ses « caractéristiques » opposées à celles des démocraties, accompagnée d’un inflexible durcissement de Pékin à l’égard de Taïwan après l’élection d’une Présidente issue d’une mouvance de rupture avec le Continent, le dialogue reprit de la vigueur encore attisée par l’expansion, au nom de sa prévalence culturelle ancienne, de l’empreinte chinoise en Asie du sud-est et en Mer de Chine du sud.
La relance s’articulait à un discours de Shinzo Abe qui spéculait sur la proximité idéologique et politique des « Quatre pays » démocratiques créant une convergence entre l’océan Pacifique et l’océan Indien, destinée à « contenir la Chine ».
Mais la nature même de ce regroupement, « OTAN asiatique » disent certains, ou, pour d’autres, rassemblement sans colonne vertébrale stratégique de pays aux intérêts divergents face à la Chine, reste encore à déterminer.
Les hésitations se lisent dans les résultats d’une enquête conduite au printemps 2020 par le CSIS de Washington auprès d’une vingtaine de responsables des questions stratégiques des quatre pays.
A la question : Seriez-vous prêt à soutenir le projet d’une réunion annuelle de chefs d’État et de gouvernement ? la moyenne des réponses est plutôt favorable avec un fort soutien de l’Australie et des États-Unis et un appui plus partagé de la part des responsables indiens et japonais.
A la question seriez-vous favorable à la création d’un secrétariat permanent avec une présidence tournante, tous les trois ans ? La réponse est unanimement défavorable (moins de 40%) avec la majorité des sondés opposés au projet, à une proportion allant de 75 à 85%.
Interrogés sur l’opportunité de créer une force permanente sous un commandement intégré, les 4 groupes se sont également montrés réservés, mais avec moins de réticence. La moyenne des réponses négatives est certes de 80%. Avec cependant des groupes au Japon, en Inde et aux États-Unis favorables à plus de 45%.
A la question d’une coordination sur des questions économiques qui serait assortie de canaux d’assistance mutuelle, notamment en matière de prêts, de développement technologique ou de promotion des droits humains dans la zone « indo-pacifique », les réponses sont globalement moins réticentes avec des groupes en Inde positifs à plus de 60% et aux États-Unis à plus ou moins 45%. En revanche les réponses japonaises et australiennes sont plus réservées à seulement 30% de réponses favorables en moyenne.
La conclusion de l’étude est qu’il n’y a aucune garantie que la relance de du dialogue « Quad » en 2017 réussisse mieux que la première version de 2007. Mais elle souligne néanmoins le fait qu’après plus de dix ans d’échanges diplomatiques – les réunions sont bimensuelles, la derrière ayant lieu entre les MAE, le 6 octobre à Tokyo - dans le contexte de coercitions de la Chine pesant sur ses voisin, les « quatre » partagent désormais « une appréciation commune plus précise que jamais de la menace chinoise. »
Le test de pérennité viendra quand les partis politiques ayant présidé à la renaissance de l’alliance auront perdu le pouvoir à la suite d’élections. L’éventualité existe en effet qu’une mouvance politique plus prudente à l’égard de la Chine au Japon et Australie laisse le groupe s’étioler.
Note(s) :
[1] Souveraineté 国家主权, Sécurité Nationale 国家安全, Iintégrité territoriale 领土完整, Réunification avec Taïwan 国家统一, Le système politique défini par la constitution et la stabilité sociale 中国宪法确立的国家政治制度和社会大局稳定
[2] Créée en 1989, L’APEC (« Asia Pacific Economic Cooperation ») est un forum économique intergouvernemental visant à faciliter la croissance économique, la coopération, les échanges et l’investissement de la région Asie-Pacifique. Regroupant 21 pays, de la zone, il se réunit chaque année, alternativement dans chacun des pays membres.
En 2020, l’hôte virtuel était la Malaisie. Il n’est pas inutile de rappeler que l’épisode virtuel de cette année, opportunément utilisé par Chine pour affirmer sa prévalence commerciale à l’aune de ses propres critères contre lesquels Washington ferraille au moins depuis 2012, apparaît comme une embellie après plusieurs couacs successifs.
Le premier en 2018 à Port Moresby en Nouvelle-Guinée quand pour la première fois depuis la création du forum les participants n’avaient pas réussi à se mettre d’accord pour une déclaration commune, précisément du fait des tensions entre Washington et Pékin.
En 2019, le forum qui devait se tenir au Chili avait été annulé au milieu de protestations contre les violences policières et les inégalités et le coût de la vie.
[3] En mars 2019, la nouvelle lois sur les investissements étrangers stipulait : Art 4 : Que les investisseurs étrangers seraient traités de la même manière que les Chinois, à l’exception des secteurs figurant sur la liste dite négative ; Art 16 : Que les étrangers pourraient participer aux appels d’offres publics ;
Art 17 : Que les entreprises étrangères pourraient émettre des obligations ou des actions pour financer leurs projets ; Art 22 : Que les transferts de technologies réclamées par des structures officielles de l’État seraient interdits ; Art 23 : Que les secrets commerciaux des investisseurs seraient protégés ; Art 26 : Que des mécanismes de plaintes seraient mis en place ;
Art 39 : Que manquements aux obligations et les abus d’autorité des fonctionnaires locaux seraient sanctionnés ; Art 40 : Que la Chine appliquerait le principe de réciprocité contre tout État appliquant des mesures restrictives contre les investissements chinois à l’étranger.
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