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›› Chronique

Coup de projecteur sur le futur pouvoir central chinois. 2e Partie

Un procès soigneusement mis en scène.

En dépit de son passé d’avocate brillante, Gu Kailai n’a en effet pas eu le loisir de choisir son défenseur ; prétextant une dépression nerveuse et affirmant craindre pour la sécurité de son fils, elle a tout avoué en bloc, prenant sur elle toutes les responsabilités, s’excusant pour les dommages causés, remerciant même ses geôliers pour la mansuétude dont ils firent preuve à son égard.

Alors que jamais ne fut évoqué le rôle de son mari, même pas pour clarifier les circonstances du drame où étaient pourtant impliqués 4 officiers supérieurs de l’appareil de sécurité de Chongqing contrôlé par Wang Lijun et Bo Xilai, l’impression qui se dégage du procès, dont le jugement met le Parti dans l’embarras, compte tenu de la qualité des coupables, est que le Régime souhaite tourner la page et entamer le 18e Congrès débarrassé des scories sordides de l’affaire.

Mais il est peu probable que les échos de ce procès hors normes n’aient pas eu d’influence sur les caciques de Beidaihe. Là se joue en effet la composition du futur Comité Permanent entre les partisans de plus d’ouverture politique et leurs rivaux, attachés à une vision spécifique du « socialisme à la Chinoise » adepte d’un marché contrôlé par des systèmes politique et judiciaire entièrement dominés par le PCC.

A cet égard, la bataille qui s’annonce renvoie précisément à la quadrature du cercle que le régime chinois tente de résoudre depuis la crise de 1989. Ayant déjà opposé Zhao Ziyang à Deng Xiaoping, elle touche à l’ampleur et à la portée de la réforme politique.

Les enjeux de Beidaihe

Aujourd’hui, les réformateurs, parmi lesquels on compte à des degrés divers, Wang Yang, Li Yuanchao, et Li Keqiang estiment, à la suite de Wen Jiabao, lui-même disciple de Hu Yaobang, que le régime devrait accorder plus d’indépendance aux syndicats, aux assemblées et au système judicaire, condition indispensable, non seulement pour modifier le schéma de développement, réduire les déséquilibres et les écarts de développement.

Mais également pour éradiquer la corruption dans les hautes strates du régime, dans laquelle baigne précisément toute l’affaire Bo Xilai qui éclabousse le Parti, en même temps qu’elle renvoie aux temps pas si éloignés, où la fin justifiait les moyens et où les institutions pouvaient être bafouées au gré des rivalités politiques par ceux qui avaient le vent en poupe.

Quant aux conservateurs qui, en 1989 avaient réussi à éliminer tous les réformateurs - de Hu Yaobang à Zhao Ziyang en passant par Bao Tong, Wan Li ou Hu Qili -, sans nier la nécessité de réformes, ils craignent que, poussées au bout de la logique d’indépendance des institutions parlementaires, judiciaires et syndicales, les réformes ne finissent par remettre en question le magistère du Parti.

Parmi les prétendants au pouvoir suprême, les principales figures de cette mouvance qui prône le « contrôle spirituel » des masses, la censure et dénonce les influences étrangères, sont Liu Yunshan, (65 ans) apparatchik de la propagande et Zhang Dejiang, 66 ans, formé en Corée du Nord, adepte de l’économie planifiée et soutien des grandes entreprises publiques.

A qui il faut ajouter au moins trois autres, dont la trajectoire politique a montré la capacité à se rallier à la mouvance majoritaire : Zhang Gaoli (66 ans), économiste pragmatique et discret, Liu Yandong (67 ans), femme d’appareil, spécialiste du Front Uni et Yu Zhengsheng (67 ans) au passé familial sulfureux, lié à la fois à Mao et à Chiang Kai-shek.

Alors que circule la rumeur d’une réduction à 7 des places au Comité Permanent qui, selon certaines sources de Hong Kong, serait une offensive des réformateurs pour réduire l’influence de leurs rivaux issus des départements des affaires juridiques (Meng Jianzu, ministre de la sécurité publique) et de la propagande (Liu Yunshan), surnagent aussi deux personnages respectés dont le rôle sera primordial.

Wang Qishen (64 ans), économiste influent, adepte du marché et de la démocratie interne mais opposé aux méthodes directes jugées dangereuses de Li Keqiang. Wang pourrait être d’autant plus réticent à appuyer des réformes politiques plus audacieuses qu’il est, par son mariage, lié à Yao Yilin, son beau père décédé en 1994, qui fut un des idéologues conservateurs les plus fermement opposés aux ouvertures politiques prônées par Zhao Ziyang et un des principaux artisans de sa chute.

Enfin c’est à Xi Jinping (59 ans), futur n°1, que reviendra la charge de réaliser la difficile synthèse capable de répondre aux défis qui montent, dans une période où le Parti semble aujourd’hui moins porté aux expériences audacieuses et pourrait replier ses choix au profit des plus anciens cités plus haut, ce qui retarderait de 5 ans la venue au pouvoir des plus jeunes.


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