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Pékin ce n’est pas de la tarte

Chapitre VII

Zhang sortait de la chambre. J’en profitai pour y entrer. Le lit n’avait bien sûr pas encore été fait... Il avait dormi seul et sans pyjama... J’ouvris la porte de la penderie : des chemises Figaret, des cravates Hermès, trois jolis costards, deux en laine d’été et un en flanelle, les trois d’un beau beige très salissant mais encore impeccable, deux paires de chaussure en cuir noir et blanc... Ne manquait que le Borsalino pour avoir l’équipement complet du truand maquereau... En cherchant bien, j’allais sûrement trouver la pochette rouge ou or qui allait avec...En attendant, photos !

La salle de bain avait servi... Eau de toilette de chez Kenzo et tout un tas de crèmes vraisemblablement plus chères les unes que les autres. Le Monsieur ne se refusait rien... Seule la brosse à dents était à changer. Ça ne devait pas être par avarice si on en jugeait par la qualité des autres ingrédients de la trousse de toilette. On sentait plutôt le romantique qui s’attache et qui recule l’échéance douloureuse... Re-photos.

La dernière chambre était notoirement inhabitée et avait été changée en débarras. Piedritti y avait stocké ses chalcographies. Elles venaient d’être montées sur des cadres en laque noire du plus bel effet. L’encadreur s’était donné de la peine et avait incrusté chaque oeuvre dans un cadre intérieur en carton blanc qui faisait nettement ressortir les dessins. En fait, ces dessins n’étaient que des tirages effectués à partir de plaques de cuivre plus anciennes. Ils n’avaient que peu de valeur, seule la plaque ayant servi au tirage était d’époque. Ces chalcographies avaient vu le jour au XVIe et au XVIIe siècles et servaient alors de moyen de propagande pour le Musée du Louvre, bien avant que la télé et les magazines culturels ne viennent prendre le relais. C’était une petite exposition agréable, reprenant des œuvres célèbres du Louvre et qui ne coûtait qu’une fraction du coût des grandes manifestations de prestige qui jalonnaient l’année de la France en Chine.

L’Année de la France en Chine avait débuté avec un concert de Jean-Michel Jarre qui avait coûté plus que la peau des fesses... Je sais qu’il faut de tout pour faire de la culture mais, pour le même prix, on ne me retirera pas de l’idée qu’il aurait mieux valu une centaine de petites expositions comme celle-là au lieu d’un seul Jean-Michel Jarre qui est à la musique ce que Mac Do est à la cuisine. Il avait pompé, à lui seul, une bonne partie des subventions récoltées pour ces années croisées...L’Exposition des œuvres Impressionnistes devait elle aussi avoir coûté bonbon... Surtout si tous ceux qui l’avaient approchée s’étaient vus offrir un tableau flamand...

Trois autres cantines cadenassées s’empilaient dans le coin opposé de la pièce. Trois petits charcutages de mon cure-dents magique me permirent de m’assurer qu’elles ne contenaient rien de suspect sinon des films de cellophane et des feuilles de carton identiques à celles utilisées pour l’encadrement des chalcographies.

Et re-re-photos... Ce n’était pas le reportage du siècle mais j’avais la trace de tout ce qui ne bougeait pas dans cet appartement...

Zhang n’avait pas perdu son temps et avait troqué son pinceau et sa lumière bleue contre sa boîte à outils : l’appart était truffé de micros et de caméras. Seul un petit pet, en se cachant dans le placard sous l’évier avait encore des chances de passer inaperçu...

Ne nous restait plus qu’à nous assurer que tout était bien dans l’état où nous l’avions trouvé et à quitter les lieux... Ce que nous fîmes dans la plus grande discrétion.

Zhang partit de son côté tandis que j’optai pour un retour au bureau : Je voulais faire visionner mes clichés et faire le point de la situation avec Faudrey, avant de partir rejoindre Mimille sur les basques de Piedritti. Je piquai droit vers l’est en direction du palais des Expositions agricoles, puis remontai plein nord vers le Nanying Building, à l’intersection du troisième périphérique et de l’autoroute de l’aéroport. La circulation était anormalement fluide et mon taxi ne mit que quelques minutes pour couvrir les deux kilomètres et quelques qui me séparaient de la tour. Nous aurions même pu battre le record de la distance par jour ouvrable, si un camion n’avait cru bon de semer une partie de son chargement le long de la route, obligeant les véhicules qui le suivaient à un slalom périlleux...


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